Le paradis ça se mérite

7 novembre, nous sommes tellement contents, l’histoire du radar est réglée et enfin on peut partir de Cambridge! Nous ne sommes pas des navigateurs de carrière depuis longtemps, mais on peut vous dire qu’être forcés de rester à quelque part contre notre gré est complètement contraire au style de vie qu’on a choisi.

Nous partons au lever du soleil, plein de motivation malgré le matin froid, avec le déjeuner du navigateur au long cours. On a recommencé à manger du gruau, c’est nourissant et réconfortant lors des matins froids dans la descente vers le sud.

Nous avons une journée de navigation à faire pour se rendre à une boule d’ancrage à Solomons, Maryland car il annonce encore des forts vents et on doit s’abriter pour les deux nuits à venir. Mais au moins on est partis de Cambridge alors juste de changer de décor ça fait tellement de bien.

Le 9 novembre, on part à l’aube afin de se rendre à Reedville, Virginie. On change d’état, ce qui nous fait vraiment plaisir. Très belle journée de navigation, nous avons ouvert les voiles et navigué sans le moteur pour un petit moment. Quel sentiment de liberté.

Seul bémol, il faisait froid. Genre vraiment froid. J’ai du mettre son manteau d’hiver à Fluffy et j’ai aussi sorti le mien. On n’a jamais vu une fille si contente d’avoir apporté son manteau d’hiver (merci maman!). Aussi, on ne voyait plus un centimètre carré de peau du Capitaine…. Nul doute, l’équipage était prêt.

Nous sommes arrivés et nous nous sommes mis à l’ancre dans une petite baie ou nous étions seuls au monde. Nous avons ensuite eu droit au plus beau coucher de soleil que nous avons vu depuis longtemps.

10 novembre, on se lève encore à l’aube car aujourd’hui on a un planning très serré. On doit se rendre à Norfolk et le tout prend environ 10 heures de navigation et le jour dure genre 10 heures 20 minutes. Nous n’avons pas de place pour l’erreur sinon nous devrons entrer dans un port inconnu de nuit ce qui n’est vraiment pas idéal, ou bien nous arrêter avant Norfolk.

Norfolk c’est symbolique. Norfolk c’est le mile statutaire 0 de l’intracoastal (ICW), soit le début de la dernière étape avant les Bahamas et aussi la fin pour le Air Cool et son équipage, de l’interminable Baie de Chesapeake . Celle-ci nous réserve cependant une dernière surprise. Malgré les 2 pieds de vagues et les 10 noeuds de vent annoncés, c’était plutôt une mer bien formée de 4-5-6 pieds de vagues courtes avec un bon 20-25 noeuds de vent. On dit souvent que la Baie de Chesapeake peut être traître, ben voilà. Nous avons un petit rappel du sentiment de notre traversée dans l’Atlantique Nord. Nous sommes incapable de rester plus d’une minute à l’intérieur du bateau, le mal de mer est instantané et on doit se tenir partout tellement que ça brasse d’un bord à l’autre et que le bateau tape dans la vague. Nous dînons avec la spécialité culinaire préférée de mon père, les sandwichs biscuits soda et fromage jaune en tranche. Survie.

Après une pénible navigation, nous arrivons enfin à Norfolk. Cette ville est une plaque tournante pour les bateaux de l’armée et aussi pour les porte-conteneurs. Rien de plus agréable pour le Capitaine d’arriver dans un nouveau port, fatigué de ses 10 heures de navigation difficiles, que de se faire dire à la radio qu’un bateau de l’armée est en phase de sortie et qu’on est dans son chemin et tout de suite après c’était un gigantesque porte-conteneur…. Petit rush d’adrénaline. Aussi, nous avons remarqué que les gigantesques bateaux de l’armée ont certainement des brouilleurs de radar, voyez par vous-même (on était contents d’utiliser notre radar haha).

Tout s’est bien passé malgré tout et nous nous ancrons devant l’hôpital alors que le soleil se couchait. Mission réussie.

Malheureusement, de Norfolk, nous avons eu juste le temps de visiter un parc pour les besoins de Fluffy. Il semble que c’est une ville intéressante mais elle ne nous a pas beaucoup inspiré au premier abord car c’est très carré et très industriel. Si vous avez le temps, prenez quelques jours pour visiter, mais nous on en avait pas à revendre alors on est reparti dès le lendemain à l’aube car nous avions une belle écluse à faire… Vous vous rappelez comment on aime les écluses?

À partir de Norfolk, il y a deux options possibles pour descendre plus au sud. Tu peux prendre le Dismal Swamp Canal (trajet en rouge), qui est très beau avec des endroits très intéressants à visiter. Ou bien tu peux prendre la Virginia Cut (trajet en jaune) qui est la route commerciale et ou c’est beaucoup moins bucolique. Depuis qu’on rêve à ce projet, le Dismal Swamp est pour nous un incontournable. Par contre, cette année, il y a particulièrement beaucoup de « duckweed » dans le Dismal Swamp Canal. Cette algue en quantité si importante peut causer des ennuis mécaniques, particulièrement à notre moteur. Nous avons donc pris la sage décision de passer par la Virginia Cut car nous avons eu assez de la réparation de notre radar et nous ne voulons pas prendre la chance de retarder encore notre descente à cause d’un autre bris.

Finalement, les écluses se passent très bien, par contre les éclusiers nous obligent à aller du côté tribord et évidemment nous avons nos défenses et nos amarres côté bâbord. Heureusement ils ont des défenses au mur donc ça n’est pas un problème. Nous avons du ajouter des amarres rapidement coté tribord. Pour les navigateurs qui nous lisent, nous suggérons d’avoir assez de défenses et d’amarres pour être prêts bâbord ou tribord pour la durée du voyage. Ça vous enlèvera du stress et éviterez certaines difficultés. Vous verrez pourquoi plus bas.

La journée se passe très bien, nous allons à l’épicerie près de l’écluse pour s’approvisionner. Ensuite le Capitaine et moi discutons de la journée du lendemain. Encore une fois, il annonce des forts vents (30-35 noeuds) qui débuteront en début d’après-midi. Un nouvel horaire des deux premiers ponts à faire lever fait que nous ne pouvons partir avant 9h pour le pont de l’écluse. On doit s’assurer de passer à l’ouverture de 10h30 pour le prochain pont car sinon on perdra 30 minutes et on sera à risque pour les vents. Le tout afin d’arriver en début d’après-midi à Coinjock et de s’y abriter pour les deux prochaines journées. Je trouve l’horaire serré et la passe avant d’arriver à Coinjock (le Currituck Sound), je ne la sens pas trop. On y sera quand les forts vents auront commencé et nous devrons suivre la route étroite entre les marqueurs de la ICW pour ne pas s’échouer. Le Capitaine est à l’aise malgré tout et on finit par prendre la décision que malgré qu’on se fera brasser un peu, qu’on suivra ce plan, car il faut avancer.

12 novembre. Pire journée de navigation à vie. Tout commence bien, il fait beau et relativement chaud, le pont ouvre à 9h. On réussit ensuite à passer l’autre pont à 10h30. Tout va selon le plan. On sent que la température change, il fait rapidement de plus en plus froid. On voit même arriver le front froid derrière nous. Il nous court après. Marc-André accélère. Le vent se lève et souffle très fort (un vent du nord a un son particulier, il siffle). On a un bon 30-35 noeuds (60-70 km/h) soutenu.

Et là on arrive au Currituck Sound. L’eau est verte foncée/noire. La vague monte et elle est très courte. Elle atteint rapidement 6 pieds de l’arrière. Le bateau va de droite à gauche, dans l’étroit chenal de la ICW. Il se met à pleuvoir. Nous sommes rapidement trempés car cela vient de l’arrière et nous ne pouvons nous abriter sous notre bimini (toiles du bateau) car l’eau entre quand même. Il fait tellement froid et il vente tellement, que lors des coups de vents, la pluie se transforme en neige. Bref, deux très longues heures de navigation. Le Capitaine barre pour compenser les vagues et moi je suis presque en petit bonhomme dans le cockpit avec une seule mission: tenir le Ipad qui indique le chemin à la vue de Marc-André et aussi qu’il ne pleuve pas trop dessus. Fluffy est en sécurité à l’intérieur. On est congelés et brûlés. On finit par arriver à la marina de Coinjock et là, mauvaise nouvelle, on doit s’accoster du côté tribord vu le vent et le courant. Les amarres et les défenses sont…. du côté bâbord. Je dois aller tout changer de côté avant qu’on puisse s’accoster. J’ai les doigts gelés et ils ne m’obéissent pas pour défaire et refaire les nœuds des cordes des défenses. En plus, il pleut toujours. Marc-André doit attendre que je termine (ce qui prend un temps interminable) en manœuvrant dans l’étroit canal et ensuite tourner le bateau qui ne veut pas obéir vu le vent qui est très fort et qui s’engouffre dans l’étroit canal qui fait un entonnoir (détail technique, le bateau devait faire un 180 degrés, lorsque celui-ci avait fait 90 degrés, le vent et le courant le repoussait dans sa position initiale.) On finit par s’accoster. Ouf. On se récompense d’un bon souper à la marina pour décompresser de cette journée de m%%&?%&?$de.

13 novembre. Je ne me sens pas bien du tout en me levant, je pense que ce sont mes nerfs qui ont lâché. J’ai été malade et j’ai du rester couchée toute la journée. De toute façon, c’était prévu qu’on reste au quai vu les forts vents mais j’aurais fait autre chose. J’avais prévu de faire un peu d’admin et de vous écrire (désolée pour le délai) mais ça ne s’est pas passé comme cela. Il pleut dehors et à l’intérieur du bateau vu l’humidité ce qui cause de la condensation. Il fait froid. Non il fait frette. Le genre de frette qui te transperce jusqu’aux os. Je dors dans le lit sous les couvertures avec 2 doudous en extra et Fluffy en guise de chauferette. Enfin ce chien sert à quelque chose haha. Pendant ce temps, Marc-André fait des petits travaux quotidiens sur le bateau et fait ensuite du Netflix. Aujourd’hui, on n’a pas trop le moral. Demain ça va aller mieux.

14 novembre. On part de Coinjock de bon matin en direction d’Alligator river, qui porte bien son nom malgré qu’on en ait pas vu. Le résumé de cette journée: c’est une ligne presque droite, l’eau est verte et il fait froid, il pleut et c’est humide. On regarde la météo et un genre de mini-ouragan se prépare pour toute la fin de semaine. On doit donc prévoir un ancrage sécuritaire pour s’abriter car il annonce 55-60 noeuds de vent, c’est à dire environ 100 km/h. Tu ne veux être dans le Pamlico Sound ou la Neuse River qui sont juste un peu plus au sud avec ce genre de vent. Il faut dire que c’est tout près du Cap Hatteras, ce qui est un endroit très hasardeux pour la navigation. On choisit un ancrage protégé des vagues et un plus ou moins du vent… c’est le mieux que nous trouvons, dans la Pungo River pour le lendemain. Ce soir-là avant de s’ancrer dans Alligator River, j’ai juste eu le temps de dire à ma mère que le réseau était faible car nous étions supposées nous parler ce soir-là afin qu’elle me parle des derniers préparatifs pour son voyage humanitaire au Guatemala et hop plus de réseau cellulaire.

15-16 novembre. Le 15 au matin, nous partons à l’aube et allons nous ancrer à Pungo River, au mile statutaire 127.5 (le .5 est important haha). Il fait froid, il pleut à l’extérieur et à l’intérieur du bateau, l’eau est verte/noire et il n’y a pas âme qui vive sur la ICW. On arrive à notre ancrage qui est au beau milieu de nulle part. On n’a pas eu de réseau cellulaire de tout le trajet et je me rends compte que je ne serai pas en mesure de parler à ma mère avant son départ, pour un voyage très important pour elle, car nous serons pognés ici jusqu’au moins lundi matin et elle part très tôt cette journée-là. Je capote un peu et je suis tellement déçue de la situation. Comme on ne s’est pas parlé de vive voix depuis, elle le lira ici tout comme vous. Mais je dois lâcher prise car je ne peux rien y changer. En voilier, c’est Dame Nature qui décide.

Nous prenons encore plus de soin qu’à l’habitude à nous ancrer. Nous n’avons jamais été aussi content de notre ancre surdimensionnée (Mantus de 45 livres) et de nos 225 pieds de chaîne. Cet élément du bateau est très important car cela donne une paix d’esprit lorsque nous sommes à l’ancre car cela limite les possibilités de chasser (que l’ancre se déplace car la chaîne et l’ancre sont très robustes, plus que ce que le bateau nécessite en temps normal). Marc-André a fait beaucoup de recherches afin de trouver la bonne combinaison de mouillage pour le bateau et aujourd’hui, cela est particulièrement payant.

Nous laissons 150 pieds de chaîne dans l’eau en plus de l’ancre et comme à l’habitude, nous mettons notre alarme d’ancrage, qui sonne si jamais nous sommes en dehors du périmètre permis, ce qui veut dire que le bateau chasse. En plus, nous mettons notre cadran la nuit aux heures environ afin de s’assurer que nous ne chassons pas. Notre seul moyen de communication est la VHF (radio du bateau) qui nous donne la météo et que nous pourrions appeler si quelque chose tournait mal. Comme dans le temps de la guerre… Nous sommes seuls au monde. Nous ne nous sommes jamais senti aussi seuls. Une chance qu’on était trois dans le bateau!

Le vent se lève solidement. On l’entend siffler très fort et le bateau fait des sons qu’on n’a jamais entendu. Il fait toujours froid, c’est humide, il pleut dehors et dans le bateau… vous commencez à comprendre le pattern… On porte depuis quelques jours en permanence des bas de laine (2 paires), des combines, des pantalons chauds, plusieurs couches de chandail et nos tuques. Marc-André fait du pain, on fait de la pizza, un pain au zucchini… toutes les excuses sont bonnes pour partir le four et réchauffer un peu le bateau. Comme on n’avait pas prévu cette situation, on n’a pas grand chose de téléchargé sur le Ipad alors on fait de la lecture. J’ai eu un super cadeau avant de partir, soit « 20 000 lieues sous les mers » de Jules Verne. Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre complet en une fin de semaine. Lisez-le ça vaut la peine. Marc-André pour sa part a battu son record personnel de lecture en lisant d’un bout à l’autre « La fabuleuse histoire de Guirec et Monique », un livre sur la voile.

Rendus au dimanche, on n’est plus capable du vent, du froid, de l’humidité, du gris, de la pluie. On veut voir du soleil, des palmiers, des dauphins et surtout avoir CHAUD! On passe donc la journée à faire notre plan de match pour se rendre à Fort Lauderdale. Le premier plan de match nous y mènent pour la mi-décembre….ishhh trop long, trop froid. On recommence tout à zéro. On est au mile 127.5 et on doit se rendre au mile 1060.

Va t’on y arriver? Est-ce possible? Notre visite du 28 Décembre a Nassau devra-t-elle ce loger a l’hôtel ?? (musique thème de la série télé Batman des années 60) la suite dans le prochain épisode.

GRIS

3 commentaires sur “Le paradis ça se mérite

  1. Ouf! Je suis sans mot, mon amie tu as des nerfs d’acier et que dire du capitaine wow et wow!
    Restez toujours prudents on vous aime xxx Le Soleil vous suivra pour la suite ❤️

    J'aime

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