Objectif Nassau pour Noël Part 2

« Une mer calme n’a jamais fait un bon marin »

Popeye Le Vrai Marin

11 décembre 2019, il est 2 heures du matin . Après une courte nuit de sommeil, nous levons l’ancre de Lake Sylvia afin de faire lever notre dernier pont avant le « inlet » de Port Everglades à Fort Lauderdale afin de traverser à Bimini. Nous avons calculé qu’on serait à Bimini un peu après l’heure du dîner. Aux Bahamas, tu dois toujours entrer dans un port inconnu avec une mer calme et idéalement avec le soleil derrière toi afin de bien voir le fond de l’eau et de ne pas t’échouer sur les coraux ou un banc de sable.

Évidemment, il est 2 heures du matin, il fait donc très noir. C’est supposé être la pleine lune ou presque, mais comme un rappel de notre première traversée dans l’Atlantique Nord (Sandy Hook à Cape May), elle se cache derrière les nuages qui sont nombreux. Heureusement, Fort Lauderdale est illuminée comme un casino, ce qui est assez impressionnant la nuit, quand tu te faufiles seul sur l’eau dans la ICW et qu’il fait « pitch black » comme dit le Capitaine.

C’est d’autant plus impressionnant que derrière le dernier pont que tu fais lever, c’est la mer. Et le noir. Dès que l’on traverse le pont, on voit des gros bateaux de croisière et des cargos de marchandise dans le port, ce qui sera notre dernière image de Fort Lauderdale. Nous devons faire une courbe vers babord et on peut déjà distinguer le « inlet ». Tout ce qu’on voit rendus la ce sont les bouées éclairées balisant le chenal et les vagues déferlant dans le « inlet ». OK, on le savait. Pas de stress car les « inlet » (point d’entrée ou de sortie vers la mer) font comme un principe d’entonnoir alors la mer est toujours plus agitée à ces endroits. De toute façon, on a pris nos médicaments contre le mal de mer, on est blindés. La sortie du « inlet » est plutôt sportive, un bon 4-5 pieds de vague courte un peu de côté. Le Capitaine me dit tout de suite que c’est normal et que ça va se calmer puisque nous sommes dans le « inlet ». Marin d’expérience que je suis maintenant, je lui réponds que je le sais et que tout va bien.

Après plusieurs minutes, on sort du « inlet » de Port Everglades. Hé boy, la mer est vraiment bien formée mais ça va. Il annonçait 3-4 pieds de vague, maintenant on multiplie les prévisions par 2 et voilà on est tombée pile. Les petites vagues ont 5 pieds, il y en aussi des belles à 7 pieds. On sait de toute façon que la traversée sera divisée par 3. Le premier tiers sera très déplaisant, le deuxième tiers sera déplaisant et le troisième tiers sera correct! Youpi ça va être malllaaddeee. Nous sommes donc dans le noir dans le premier tiers déplaisant. Le seul être vivant à bord qui n’avait pas acquiescé à ce plan de match parce qu’elle ne parle pas encore, ben c’est Fluffy.

Fluffy est agitée, elle n’aime pas du tout sa traversée à date. Elle se promène beaucoup, tourne en rond sur le banc dans le cockpit (tous ses besoins sont faits alors ce n’est pas le problème) où elle est assise avec moi et regarde la mer fixement. Elle est inconfortable. Je lui parle, je la flatte, j’essaie qu’elle reste tranquille afin que cela ne déconcentre pas le Capitaine qui barre très sérieusement dans les vagues. Tout à coup, un appel sur la radio VHF pour le Air Cool. Après plusieurs tentatives de communication infructueuses (on dirait que tous les gens qui parlent dans la radio VHF parlent le plus vite possible avec une patate dans la bouche, évidemment en anglais en plus), le Capitaine me regarde pour voir si je comprends quelque chose. Je n’ai rien compris non plus et je tente de gérer Fluffy qui ne reste pas en place donc je suis moins attentive qu’à l’habitude. Il doit être environ 4 heures du matin et il fait encore très noir. Moment un peu stressant pour l’équipage car tu vois des lumières d’un autre bateau au loin et dans le noir, les distances sont difficiles à estimer, en plus la mer est agitée, il faut arriver à comprendre ce que veut nous dire l’autre bateau.

On finit par comprendre que c’est un remorqueur qui tire une barge de 1100 pieds. Le gars du remorqueur demande à Marc-André s’il préfère passer devant ou derrière. Sécuritairement, le Capitaine répond derrière. Ce qui veut dire que nous devons nous dérouter un peu au sud afin de ne pas entrer en collision avec le remorqueur qui tire la barge. Aller vers le sud veut aussi dire de prendre la vague de côté dans ce cas-ci, ce qui est particulièrement inconfortable. Et vu que les distances sont difficiles à évaluer, ça prend beaucoup de temps avec les vagues de côtés afin de passer le remorqueur et la barge et de reprendre notre cap.

Pour ma part, je n’ai jamais pu voir le remorqueur et la barge. Après quelques minutes de vagues de côté, je sens que Fluffy a vraiment chaud. Elle est couchée à mes pieds et elle me souffle son haleine très chaude sur les pieds. Je ne la vois pas car il fait très noir. Pauvre chien. Dans 2 heures, il va commencer à faire clair. J’ai hâte. Je suis un peu mélangée par les pilules contre le mal de mer et aussi le fait qu’on est en pleine nuit dans une mer agitée. Je change un peu de position sur le banc du cockpit. Ho, c’est bizarre, on dirait que c’est un peu mouillé sur le coussin??…

Et là, la lumière fut. C’était pas l’haleine chaude de Fluffy, elle m’a VOMI sur les pieds, et aussi sur tout le coussin du cockpit. F**k. Je le dis au Capitaine qui n’en croit pas ses oreilles et qui barre toujours très sportivement dans les vagues pour diminuer au maximum l’impact des vagues de côté. Il ne voit absolument rien et moi non plus mais je lui confirme la catastrophe. Je vais chercher à l’intérieur du bateau de quoi nettoyer sommairement le méga dégât de Fluffy. Ça brasse vraiment beaucoup et je ne trouve pas les foutus essuie-tout. Je finis par les localiser et je m’essuie les pieds. Ensuite je dois chercher la pilule contre le mal de mer de Fluffy qui par miracle n’était pas trop loin. Je dois me tenir afin de ne pas tomber. Je m’assois dans les marches du cockpit pour tout rassembler et remonter dans le cockpit. Je nettoie. C’est dégueu. Je redescend ensuite chercher la première chose qui me tombe sous la main, soit un vieux tortilla sec pour emballer la pilule de Fluffy afin qu’elle l’avale. Elle ne veut rien savoir, elle mâche un peu et recrache un bout du tortilla et sa pilule. Ça brasse. Je reprends les bouts de tortilla mous afin de remettre dedans les bouts de pilules que Fluffy a recraché une fois qu’on les a localisé par terre avec une lampe de poche. Dégueu. Dégueu. Dégueu. Après quelques tentatives, Fluffy finit par les avaler.

Elle semble aller mieux. Mais là j’ai chaud à l’arrière du cou, ça a tellement brassé à l’intérieur que j’ai un mal de cœur intense. J’ai aussi quand même ramassé du vomi de chien dans le noir, Rien pour aider un marin. Je dis au Capitaine que je ne me sens pas bien, il me donne une chaudière et c’est à mon tour…. Tout de suite après je m’endors avec Fluffy sur le fameux banc.

Ça doit faire un peu plus de 2 heures qu’on est partis. Il reste encore plusieurs heures à la traversée. Le Capitaine est un peu découragé de son équipage. Je me réveille avec le lever du soleil. Le bateau est un bordel complet. Marc-André a fait des micro-siestes à la barre avec toutes les alarmes du radar en fonction. Nous sommes dans le Gulf Stream. Le courant et les vagues nous ralentissent à 3,5 noeuds. On avait calculé le pire des scénarios à 5 noeuds. On se dit qu’on va se reprendre après le Gulf Stream parce qu’on n’est pas en avance sur l’horaire, loin de là. On s’alterne à la barre. Vers 11 heures, je suis inquiète et pas super en forme. On est maintenant très en retard sur l’horaire et il nous est impossible d’arriver de noirceur à Bimini. Le Capitaine est encore confiant d’y arriver mais on y sera en fin de journée.

Soudainement, on navigue plus vite, les vagues s’estompent et le Gulf Stream est derrière nous. Notre heure d’arrivée estimée est maintenant vers 16h. Il fait beau, la mer est d’un bleu cobalt (Merci à Nathalie de Bel Motivo pour la couleur). On ne voit pas de terre à l’horizon, c’est la mer à perte de vue avec seulement des poissons volants pour nous tenir compagnie en cours de route.

Vers 15h00, TERRE EN VUE! C’est l’île de Bimini. On peut enfin distinguer au loin les différentes nuances de turquoise de l’eau près du rivage. ENFIN LES BAHAMAS!!! On voit la couleur de l’eau changer sous le bateau au fur et à mesure passant du bleu cobalt, au vert émeraude jusqu’au turquoise cristallin. J’ai les larmes aux yeux (et aussi super hâte de prendre une douche).

Le Capitaine négocie l’entrée pas super évidente du port comme un chef, comme à l’habitude et on s’accoste au Big Game Club marina. On hisse le drapeau jaune de quarantaine que l’on doit afficher avant de passer les douanes. On a de la misère à réaliser que c’est vrai mais comme on est en fin de journée et que les douanes vont fermer, le Capitaine doit se dépêcher à y aller car celui-ci est la seule personne autorisée à descendre du bateau tant que le processus des douanes n’est pas complété. Le processus est assez rapide, pas de problème avec les papiers de Princesse Fluffy, pas d’inspection du bateau. La vie est belle.

WOW, on voit le fond de l’eau à 10-12 pieds en dessous du bateau tellement l’eau est claire. On peut voir des raies, des requins nourrices, plein de poissons et aussi des bull sharks. C’est pour nous mission accomplie, nous sommes aux Bahamas dans les temps et avec un équipage en forme et un bateau intact. On passe la semaine a Bimini car pour le trajet vers Nassau, on doit dormir sur le banc (c’est à dire en plein milieu du Great Bahama Bank), ensuite faire un arrêt dans les iles Berry’s et faire le trajet vers Nassau. Il y a beaucoup de vent (vent=vagues) et nous voulons avoir une nuit correcte sur le banc et des conditions favorables alors on attend.

Nous mangeons finalement notre première salade de conch (genre de ceviche avec le mollusque qui vit dans le gros coquillage que l’on voit partout dans le sud) et qui est excellente.

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Conch salad

Par contre, ici tout ou presque est frit, alors on limite les restos et on profite du bateau et du paradis que sont les Bahamas. On fait de l’eau pour la première fois avec notre dessalinisateur portatif Rainman, Marc-André pêche, on va à la plage, bref on relaxe pour la première fois.

Le 17 décembre, les conditions sont favorables pour une nuit sur le banc. On part donc au lever du soleil en compagnie du Voilier Mustique. Par contre, il va plus vite que nous alors on se dit au revoir, on se reverra à Nassau. Super belle navigation, un peu de vague. C’est la première fois que l’on voit le fond en naviguant, toutes voiles sorties, c’est magique. L’eau est turquoise à perte de vue.

Je fais une guacamole en collation d’après-midi, pas de doute nous sommes en vacances. Nous mettons l’ancre sur le banc, celui-ci est un peu agité mais les millions d’étoiles dans le ciel en font un moment inoubliable. L’équipage se couche tôt, on est brûlés et nous avons une grosse journée de navigation en vue pour demain afin de se rendre dans les Berry’s car de forts vents sont prévus et nous devrons nous y abriter un jour ou deux.

Encore une belle journée de navigation, le vent se lève et nous sortons les voiles. Nous avons un bon 15-20 noeuds de vent soutenu alors ça avance bien. Nous avons analysé la météo hier du bateau (merci téléphone satellite) et nous décidons d’aller nous ancrer à Bird Cay qui est relativement protégé du nord et de l’est, d’ou le coup de vent va venir. Plus la journée avance, plus la mer est formée. Nous avons une pensée fugace de se rendre à Nassau directement mais c’est quand même 6 heures de plus de navigation et on n’est pas prêts mentalement. On s’ancre dans Bird Cay pour ce que l’on croyait être une journée ou deux. Avoir su….

La nuit est mouvementée à l’ancre, car dans les Berry’s tu n’es pas très protégé. Les îles ne sont pas grosses et tu es entouré par la mer. On ne peut même pas penser descendre le dinghy pour faire faire les besoins de Fluffy sur terre tellement il ne fait pas beau. Fluffy devra se réconcilier avec son tapis gazon pour aujourd’hui. Marc-André fait le update météo et il a la mine basse. On dirait que le coup de vent est plus qu’un coup de vent. Aussi loin qu’il regarde (5 jours), il annonce des vents de 30-40 noeuds et faisant le tour du quadrant (nord-est-sud-ouest et ça recommence). Ouf on va y goûter…. Je suis de mauvaise humeur car nous n’avions pas planifié passer plusieurs jours ici. On ne peut rien y faire, on ne peut pas descendre le dinghy et c’est tellement hostile dehors que l’on ne peut rester dans le cockpit.

1 journée passe, 2 journées, 3 journées…

C’est comme ça tout le long de notre séjour dans les Berry’s

On n’avait pas prévu le coup alors on passe le temps comme on peut. Notre forfait internet est à renouveler au 24 heures (merci Netflix). Après 3 jours, on n’en peut plus d’entendre le vent siffler et Marc-André est rendu aux écouteurs (on ne trouve pas les bouchons d’oreilles) pour faire des pauses de bruit de vent qui siffle. On commence à ne pas la trouver drôle car on avait rendez-vous le 24 décembre avec nos amis Pierre et Louise de Point Final! pour le réveillon de Noël et la météo ne semble pas coopérer.

Aussi, notre visite arrive le 28 décembre. Nous qui pensions finalement être en avance sur l’horaire, nous avons clairement sous-estimé les défis des navigations qui nous restaient à faire pour se rendre à Nassau. Pourtant, on a pris toutes les fenêtres météo possibles. Le 20 décembre, on fait le petit sapin de Noël et on écoute des chansons de Noël, question de se mettre un peu dans l’ambiance.

Marc-André regarde la météo presque 24 heures sur 24. Une fenêtre météo se dessine pour le 22 décembre mais la traversée s’annonce sportive encore une fois (3-4 pieds de vague courte). Ça fait 4 jours que nous sommes dans les Berry’s, aucune fenêtre météo ne se dessine à l’horizon d’ici Noël alors il est plus que temps de s’en aller. Aussi, le vent va virer au Sud et à l’Ouest, dont nous ne sommes absolument pas protégé.

Nous levons donc l’ancre au lever du soleil le 22 décembre, température maussade et nuages noirs sont au rendez-vous. Il vente encore un bon 15-20 noeuds soutenus. La vague vient de l’est et ça brasse un peu dès le départ. Évidemment, les humains à deux et quatre pattes ont pris leurs médicaments contre le mal de mer avant de partir, on ne prend plus de chance. Nous naviguons lentement, les plus petites vagues sont environ de 7 pieds et le plus souvent sont d’environ 9 pieds aux 5-6 secondes (ça veut dire 1 grosse vague toute les 5-6 secondes) donc ça nous ralenti beaucoup. Lorsqu’on est dans le bas de la vague, le Capitaine ne voit que de l’eau devant le bateau, tellement la vague est grosse et courte. On ne voit plus le ciel lorsque nous sommes dans la vague…

Après environ 1 heure à ce régime, on voit encore très distinctement notre ancrage dans les Berry’s. Un orage éclate. Il pleut fort et les vents forcissent. Je demande au Capitaine s’il trouve que ça brasse un peu trop. Pour ma part, la réponse est oui, je ne me sens pas en sécurité. On décide donc de faire demi-tour. Nous avons assez de jugement pour reconnaître que tout bateau et tout équipage a ses limites et de retourner dans notre ancrage. Ouin…, on doit maintenant se rendre à l’évidence, on va vraiment passer le premier Noël de cette aventure seuls dans les Berry’s, loin de notre famille et nos amis.

Deux jours passent et c’est la veille de Noël. On essaie de se sentir dans l’ambiance mais c’est difficile. Ma famille se réunit pour le réveillon, on les Facetime ainsi que la famille de Marc-André. La connexion n’est pas bonne, j’ai un peu le motton et on s’ennuie de toute la gang. Le Capitaine fait ce qu’il peut pour me remonter le moral. On ouvre une bonne bouteille et il me concocte une création gastronomique pour le souper de Noël (hahahahahahahahahahaha) avec ce que nous avons sous la main. C’est à dire: poitrine de poulet, sauce bbq St-Hubert en poudre, patates en poudre, carottes et un restant de pain sec de hamburger. Un point pour l’effort.

De toute façon, demain matin à la première heure on part pour Nassau. Nous y serons donc en même temps que le Père Noël, le 25 décembre. Nous faisons une super traversée, il fait beau, on fait de la belle voile, la mer est agréable. Quel beau cadeau de Noël. Nous arrivons en vue du port de Nassau après une traversée de six heures. La mer est très agitée près de Nassau et l’entrée du port est difficile à trouver. Un méga yacht nous dépasse et nous montre le chemin. Nous apercevons les gros bateaux de croisière qui sont au port, très impressionnant.

Nous arrivons finalement à la marina du Nassau Yacht Haven afin de s’amarrer à côté de nos amis de Point Final! Ils nous accueillent et nous aident à nous amarrer au quai car le marina n’a pas de personnel pour nous aider aujourd’hui. Heureusement qu’ils y étaient.

Ce sont des retrouvailles après plus de deux mois, nous qui pensions nous revoir à Norfolk début octobre. Nous soupons sur le bateau de Pierre et Louise, débouchons le champagne et on fête!

Dans 3 jours notre visite arrive et ce sera aussi le début de nos vraies vacances dans les Exumas.

Traversée vers Nassau-Jour de Noël 2019

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