Confinement au Paradis Part 1

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13 mars 2020, nous quittons George Town dans les Exumas afin de nous rendre à notre point de départ pour la République Dominicaine, soit Mayaguana. Nous sommes très contents de partir de George Town et enfin voir d’autres paysages. Aussi, nous allons rejoindre notre famille à la mi-avril à St-Martin, nous avons super hâte de les voir. Nous avons loué une maison ensemble dans la Baie de Cul-de-sac, au même endroit ou Marc-André et moi avons fait quelques séjours en 2012-2013 et 2014. C’est une petite baie superbe ou quelques voiliers sont ancrés et cela nous faisait dont rêver lors de nos précédents voyages. Cette année, ce sera le Air Cool que nous pourrons contempler du haut de notre terrasse à Saint-Martin.

Assez rêvé, nous avons une navigation à faire. Cela fait plusieurs jours qu’il vente assez fort mais nous avons laissé passer 48 heures avant de partir afin d’être certain que la mer était plus calme. Il annonce quand même 4 pieds de vague, mais rien que nous n’avons jamais vu jusqu’ici. Nous sommes plusieurs à partir, la plupart remontent au nord et c’est là que nous disons au revoir à Eclectic et à Bel Motivo. Il y a tellement de bateaux qui quittent le harbour qu’on dirait que nous participons à une régate.

Une autre régate?

On a le vent dans la face en sortant, tel que prévu. Aujourd’hui ce sera une navigation au moteur pour se rendre à Rum Cay, ce qui représente environ 50 miles nautiques. Nous naviguons quelques heures pour se rendre compte que les vagues sont beaucoup plus rapprochées qu’annoncées et que nous ne serons pas en mesure de se rendre à Rum Cay de jour. Nous décidons donc de faire un arrêt à Long Island à la place.

Nous arrivons en fin de journée à Calabash Bay, Long Island et c’est magnifique. Nous y voyons Oceo, un couple avec ses trois petites filles, parti du Québec l’automne dernier et que nous avons croisé quelques fois en descendant aux Bahamas. Comme nous avons la même destination, nous décidons de descendre ensemble à Mayaguana lorsque nous serons prêts à partir. Eux aussi ont Grenade pour destination finale.

Nous regardons la météo et décidons de partir le surlendemain. Nous prenons donc un petit break et j’ouvre La Presse+ que je n’ai pas eu le temps de lire hier et ce matin. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient de déclarer une pandémie mondiale. On se demande quel sera l’impact pour la continuité du voyage mais on ne s’en fait pas trop. On se pose aussi la question si il est préférable d’attendre un peu ici au lieu de faire une grosse navigation vers le sud, mais vu que nous avons la réservation à St-Martin et que nous sommes serrés dans le temps, on doit descendre sans attendre.

Le lendemain nous cuisinons, relaxons et nous nous préparons mentalement pour la navigation de plus de 30 heures qui nous attend. Le 15 mars, nous levons donc l’ancre avec Oceo au lever du soleil. C’est superbe, mais il vente encore un peu plus qu’on aimerait et la mer est plus grosse qu’annoncé. Lorsqu’on passe la pointe de Long Island, on ne voit presque pas Oceo lorsqu’il s’enfonce dans la vague. J’imagine que la vue du Air Cool doit être assez similaire. Il y a des nuages alors l’eau est bleu foncée tirant sur le gris et les vagues sont impressionnantes.

On a beaucoup lu sur les navigations à venir, assez pour savoir que celle-ci entre dans un niveau plus expert. Les vents sont généralement de l’est ce qui fait que la houle part de l’Europe et vient s’écraser ici. En navigant avec nous sur le bank dans les Exumas (côte ouest protégée par la terre), notre amie Isabelle a rebaptisé le côté exposé à l’est de « Mer Méchante ». Ça décrit assez bien l’état de la mer à ce moment-là… On se fait vraiment brasser beaucoup et le bateau a un angle de gite (penché sur le côté) d’environ 14-15 degrés. En clair, le bateau est sorti de l’eau d’un côté et penché de l’autre de façon très prononcée. Super le fun quand tu fais un peu de voile sportive le jour pour t’amuser. Pendant 31 heures de ce régime avec des vagues de 6-7-8 pieds assez rapprochées, c’est moins agréable. Tous tes muscles sont tendus afin de supporter la gite du bateau, en plus du stress d’une longue navigation dans des conditions pas nécessairement idéales. Pendant la nuit, les vagues sont plus grosses (évidemment) et sur mon quart il se met à pleuvoir. J’ai froid, c’est humide, j’ai vaguement mal au coeur et les vagues sont grosses. Mais je n’ai pas peur car j’ai pris confiance au bateau. Toute une différence avec notre première traversée dans l’Atlantique https://svaircool.com/2019/10/28/le-passage-dans-latlantique-nord-ou-la-nuit-ou-jai-gagne-mes-galons-de-capitaine/

Je me surprend même à être super fière de mon 7 noeuds de vitesse pendant la nuit lorsque mon vent vire au nord-est et que je vois 21-22 23 noeuds de vent, seule à la barre. En même temps, plus vite on va, plus vite ça va finir, vive les biscuits soda haha.

On a finalement l’ile de Mayaguana en vue, après 30 heures de navigation. La baie est tellement longue pour se rendre à notre ancrage, on dirait que cette portion-là dure 100 ans. On jette enfin l’ancre vers 14-15 heures car vous vous rappelez qu’il est important de toujours arriver de jour dans un ancrage, surtout s’il est inconnu. On prend une douche (le bonheur) et on s’assoit pour relaxer. J’ouvre ma boite courriel et j’ai un courriel de la part du Canada qui conseille aux Canadiens de rentrer au pays et d’éviter tout voyage non essentiel. On parle à nos familles et tout le monde est inquiet pour nous malgré que nous nous sentons vraiment en sécurité et loin de tout ça. De notre côté, la saga du papier de toilette et des embouteillages dans les Costco nous fait bien rire, on trouve que les gens ont perdu la tête. On se couche tôt et on analysera la situation demain. De son côté, Oceo décide de continuer et de quitter pour Turks and Caicos le lendemain.

Les vents ayant repris de plus belle, nous passons quelques jours dans cet ancrage à essayer avec notre famille, d’annuler notre réservation commune à St-Martin et eux doivent essayer d’annuler leur vol. Il devient de plus en plus évident que la situation est grave et que cela aura un impact sur ce voyage. Grosse déception pour tous car nous attendions ces retrouvailles avec impatience.

Une fois ce dossier réglé (Merci Éric pour tes démarches à l’infini et ta patience), on décide de rester aux Bahamas encore un peu étant donné que notre visa et notre « cruising permit » sont encore valides. De toute façon ou irions-nous? Les frontières de la République Dominicaine ou nous nous rendions sont déjà fermées (18 mars), celle de Turks and Caicos viennent de fermer (26 mars) et nous ne voulons pas prendre la chance de faire 3 à 4 jours de navigation vers Porto Rico et se faire interdire l’accès au pays. Nous commençons à lire des histoires d’horreur sur les différents groupes de navigation que nous suivons. Cuba et la Polynésie française expulsent carrément les navigateurs, qui sont sans ressources. Le traitement est variable d’une île à l’autre mais on trouve qu’on est bien en ta… dans les Bahamas même si le pays vient de déclarer la fermeture de ses frontières et un couvre-feu en tout temps, sauf pour les services essentiels et l’approvisionnement. Nous sommes constamment sur internet à l’affût d’une nouvelle qui pourrait avoir un impact et nous indiquer la meilleure décision à prendre.

Ça devient de plus en plus inquiétant et nous avons des conversations de plus en plus spéciales, le Capitaine et moi. Q: « Chéri, pour combien de temps tu penses qu’on a des provisions dans le bateau? R: De 3 à 6 mois si on se rationne ».

Ok je peux vivre avec ça. « Q: Chéri, combien de fois on peut faire de l’eau avec la machine à eau avec l’essence qu’on a en stock pour la génératrice? R: Peut-être 12 à 15 fois ». Ok je statue que dès maintenant, on prend nos douches à l’eau salée et que l’eau douce sera pour boire et cuisiner. Pendant ce temps au Québec, la situation est très grave et nous nous inquiétons pour nos proches, nos amis et aussi pour nos entreprises. Familles et amis nous demandent constamment quelles sont nos options, ils sont très inquiets aussi. Nous les rassurons tout en étant de moins en moins confortables de notre côté malgré la beauté du paysage.

On décide d’aller à terre à Mayaguana afin de chercher du diesel pour le bateau et du frais car il ne nous reste presque rien. C’est permis car nous avons bien lu les informations du Gouvernement des Bahamas. Nous y allons avec 2 autres familles qui sont sur des catamarans (Witwat et Busybee) dans le même ancrage que nous et avec lesquels nous avons fait quelques activités. Ils s’en vont aussi à Grenade et sont tous super gentils. Eux quittent le lendemain pour Porto Rico car ils sont américains donc ils sont certains de pouvoir être admis. Nous non et nous sommes à penser que nous devrons malheureusement rebrousser chemin. Notre voilier ami Oceo, après avoir passé quelques jours à Turks and Caicos a fait demi-tour, la famille a décidé de faire une croix sur leur voyage de rêve préparé depuis longtemps et de retourner au Québec car ils trouvent le projet trop risqué avec trois filles en bas âge vu la COVID-19. Maudit virus.

Mayaguana donc… On débarque du bateau et là c’est « twilight zone ». Les rues sont désertes et les commerces sont fermés, on dirait qu’on débarque sur une ile fantôme. Ça fait presque 2 semaines que nous ne sommes pas débarqué du bateau alors c’est un choc de voir ces îles des Bahamas si accueillantes en temps normal, dans cet état. Un gentil monsieur vient nous ouvrir le marché. Il y a quelques tomates et des zucchinis qui avaient clairement connus de meilleurs jours en plus de denrées non périssables de base. Nous nous sommes assurés que ces provisions n’étaient pas réservés au locaux et que nous ne nous approprions pas de ressources au détriment de ceux-ci avec le Monsieur, qui s’est également avéré être le pasteur de la communauté. À la fin de nos petits achats, il a même fait une prière mains jointes en rond avec les deux familles, afin de les protéger dans leur navigation à venir pour Porto Rico. C’était beau et touchant.

Nous sortons de l’épicerie et une voiture de police passe tranquillement en nous regardant. On salue le policier dans la voiture de police. Nous marchons jusqu’au quai ou nous avons laissé les dinghys et ensuite nous attendons notre essence qui doit être livré par un local et dont nous avons fait les arrangements à l’avance. Le policier repasse encore une fois et nous regarde fixement pendant que l’essence nous est livré, et argumente en créole avec le monsieur local. Nous sommes les derniers sur la rive lorsque la voiture de police revient avec les gyrophares allumés. Il y a maintenant deux policiers dans la voiture. Celle -ci s’arrête et les policiers portent tous les deux des masques. Ils ont une attitude agressive et menaçante et ils disent à Marc-André et moi de « pull up the anchor and get out of the country ». Donc de lever l’ancre et de quitter le pays. Marc-André essaie d’argumenter un peu avec les policiers en leur disant que nous sommes autorisés à réapprovisionner pour l’essentiel, que le Premier ministre des Bahamas a été très clair la-dessus et que nous sommes légalement aux Bahamas. Tout cela est bien vrai, mais nous ne sommes pas dans notre pays, ce sont eux qui ont des armes à la ceinture et ils n’ont rien à faire de nos explications. On quitte donc en vitesse le quai. J’ai les genoux mous et nous avons de la difficulté à réaliser ce qui vient de se passer.

Merci COVID-19 qui a fait de nous les voyageurs, une menace pour les locaux. Nous venons d’avoir notre première expérience de voyage au temps de ce maudit virus. En revenant sur le Air Cool, on ne dit pas un mot durant plusieurs minutes. Ensuite, je dis à Marc-André que pour la première fois depuis que nous sommes partis du Québec, je ne me sens vraiment pas en sécurité. En effet, demain matin, nous serons le seul voilier restant dans l’ancrage car les deux autres bateaux seront en direction de Porto Rico et nous sentons que le spotlight sera sur nous. Pour la première fois, nous barrons la porte du bateau avant d’aller au lit et le Capitaine dort avec la machette à noix de coco sur la tête de lit. Après une mauvaise nuit, nous discutons et décidons de quitter Mayaguana pour retourner à George Town, ou l’approvisionnement est facile et ou il y a encore beaucoup de bateaux sur place. C’est une décision crève-cœur pour nous de retourner vers le nord car ce geste confirme que notre voyage est probablement à l’eau et que nous devrons penser à retourner au Québec au lieu de continuer vers le Sud. Notre maison est notre voilier car nous avons tout vendu/donné/prêté au Québec, qu’est-ce qu’on va aller y faire? C’est frustrant car ce genre de voyage demande une grosse planification et nous avions si hâte d’en profiter… Quelle déception.

Nous partons le lendemain pour Samana Cay, une île déserte à environ 1 journée de navigation au nord ouest de Mayaguana car la météo n’est pas assez clémente pour faire une traversée vers George Town. Nous arrivons à Samana Cay en fin de journée. Il y a beaucoup de patates de corail en surface et le Capitaine les évite. Tout à coup, bang et re bang. Nous avons touché le fond avec la quille. La carte montrait qu’il y avait de l’eau et même à marée haute nous avons touché le fond. On ne s’énerve pas trop car c’est du sable mou mais nous avons bien hâte d’arriver à l’ancrage qui est magnifique, avec des plages à l’infini d’un côté et le récif de corail de l’autre, sur lequel vont se fracasser les vagues. Nous y passons trois jours, nous faisons de la super apnée et de la relaxation. Ici il n’y a pas d’accès internet donc on peut se désintoxiquer des nouvelles en continu et des réseaux sociaux. Le temps est comme suspendu et nous avons l’impression d’être en vacances. Le niveau de stress diminue un peu.

Nous sommes partis de Samana Cay vers 13h le 30 mars.  Notre calcul de marée était moins précis et il n’y a pas beaucoup d’eau pour se sortir ou entrer dans notre ancrage mais ça semble marée haute. Nous nous dirigions vers la sortie ou nous avions touché le fond de sable déjà a l’entrée 3 jours plus tôt, lorsque une barque de pêcheurs bahamien nous fait de grands signes.  Nous les avons salué mais ils continuaient à nous faire de grands signes, genre « turn around it’s too low »… 

Nous avons donc fait demi tour afin de prendre l’autre sortie (cut) très difficile que nous ne voulions pas prendre.  Les commentaires sur cette cut étaient que c’était très étroit et très difficile, entre deux récifs de corail et avec de la houle.  Ben… c’est par là qu’on a du sortir…

Un dauphin est venu nous dire bonjour et c’est comme si il nous montrait le chemin vers la cut.  Il nous a escorté pendant les 20 minutes que ça a pris avant d’être en zone sécuritaire, tout en sortant souvent de l’eau à côté du bateau afin de s’assurer qu’on le voit bien et il est sorti en mer juste devant nous pour ensuite disparaître . Quel moment!

 C’est par contre la seule fois que Marc-Andre m’a dit qu’il avait eu les genoux mous… depuis qu’on est parti du Québec il y a 6 mois (chacun ses moments de stress).  C’était très intense avec les vagues qui déferlaient sur les deux récifs qui nous entouraient, le courant, les rochers, etc.  J’avoue que j’ai fermé mes yeux et fait beaucoup d’exercices de respirations pendant la sortie de cette cut.

Nous nous sommes remis de nos émotions et voyant que la mer etait relativement calme, Marc a mis la ligne a l’eau. Une touche! Yessss non le poisson s’est décroché. Nous avons été récompensés environ 1 heure plus tard par… fish on!! Un beau petit thon d’une dizaine de livres et le Capitaine qui en plus m’avait dit 5 minutes plus tôt, que ça serait vraiment cool de pogner un petit thon. Le Capitaine était bien content sauf pendant qu’il arrangeait le poisson penché à l’arrière du bateau avec la houle… Il a eu mal au cœur pendant un petit moment après l’opération Thon.

Très belle traversée sauf que quand la lune s’est couchée sur mon quart vers 2-3 heures du matin, elle était rouge et je pensais que c’était des lumières de bateau au loin. Heureusement, elle s’est couchée vite et j’ai bien ri de moi-même. Nous sommes donc a George Town et bien contents d’y être car le Premier Ministre vient d’annoncer que les gens sur les bateaux de plaisance ne pouvaient plus aller a terre sur certaines îles même pour s’y approvisionner, dont Mayaguana fait partie. Les Bahamas veulent protéger les îles qui ne sont pas touchées par la COVID-19. Nous sentons que les mesures se resserrent, que nous réserve la suite?

2 commentaires sur “Confinement au Paradis Part 1

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