Objectif Nassau pour Noël Part 2

« Une mer calme n’a jamais fait un bon marin »

Popeye Le Vrai Marin

11 décembre 2019, il est 2 heures du matin . Après une courte nuit de sommeil, nous levons l’ancre de Lake Sylvia afin de faire lever notre dernier pont avant le « inlet » de Port Everglades à Fort Lauderdale afin de traverser à Bimini. Nous avons calculé qu’on serait à Bimini un peu après l’heure du dîner. Aux Bahamas, tu dois toujours entrer dans un port inconnu avec une mer calme et idéalement avec le soleil derrière toi afin de bien voir le fond de l’eau et de ne pas t’échouer sur les coraux ou un banc de sable.

Évidemment, il est 2 heures du matin, il fait donc très noir. C’est supposé être la pleine lune ou presque, mais comme un rappel de notre première traversée dans l’Atlantique Nord (Sandy Hook à Cape May), elle se cache derrière les nuages qui sont nombreux. Heureusement, Fort Lauderdale est illuminée comme un casino, ce qui est assez impressionnant la nuit, quand tu te faufiles seul sur l’eau dans la ICW et qu’il fait « pitch black » comme dit le Capitaine.

C’est d’autant plus impressionnant que derrière le dernier pont que tu fais lever, c’est la mer. Et le noir. Dès que l’on traverse le pont, on voit des gros bateaux de croisière et des cargos de marchandise dans le port, ce qui sera notre dernière image de Fort Lauderdale. Nous devons faire une courbe vers babord et on peut déjà distinguer le « inlet ». Tout ce qu’on voit rendus la ce sont les bouées éclairées balisant le chenal et les vagues déferlant dans le « inlet ». OK, on le savait. Pas de stress car les « inlet » (point d’entrée ou de sortie vers la mer) font comme un principe d’entonnoir alors la mer est toujours plus agitée à ces endroits. De toute façon, on a pris nos médicaments contre le mal de mer, on est blindés. La sortie du « inlet » est plutôt sportive, un bon 4-5 pieds de vague courte un peu de côté. Le Capitaine me dit tout de suite que c’est normal et que ça va se calmer puisque nous sommes dans le « inlet ». Marin d’expérience que je suis maintenant, je lui réponds que je le sais et que tout va bien.

Après plusieurs minutes, on sort du « inlet » de Port Everglades. Hé boy, la mer est vraiment bien formée mais ça va. Il annonçait 3-4 pieds de vague, maintenant on multiplie les prévisions par 2 et voilà on est tombée pile. Les petites vagues ont 5 pieds, il y en aussi des belles à 7 pieds. On sait de toute façon que la traversée sera divisée par 3. Le premier tiers sera très déplaisant, le deuxième tiers sera déplaisant et le troisième tiers sera correct! Youpi ça va être malllaaddeee. Nous sommes donc dans le noir dans le premier tiers déplaisant. Le seul être vivant à bord qui n’avait pas acquiescé à ce plan de match parce qu’elle ne parle pas encore, ben c’est Fluffy.

Fluffy est agitée, elle n’aime pas du tout sa traversée à date. Elle se promène beaucoup, tourne en rond sur le banc dans le cockpit (tous ses besoins sont faits alors ce n’est pas le problème) où elle est assise avec moi et regarde la mer fixement. Elle est inconfortable. Je lui parle, je la flatte, j’essaie qu’elle reste tranquille afin que cela ne déconcentre pas le Capitaine qui barre très sérieusement dans les vagues. Tout à coup, un appel sur la radio VHF pour le Air Cool. Après plusieurs tentatives de communication infructueuses (on dirait que tous les gens qui parlent dans la radio VHF parlent le plus vite possible avec une patate dans la bouche, évidemment en anglais en plus), le Capitaine me regarde pour voir si je comprends quelque chose. Je n’ai rien compris non plus et je tente de gérer Fluffy qui ne reste pas en place donc je suis moins attentive qu’à l’habitude. Il doit être environ 4 heures du matin et il fait encore très noir. Moment un peu stressant pour l’équipage car tu vois des lumières d’un autre bateau au loin et dans le noir, les distances sont difficiles à estimer, en plus la mer est agitée, il faut arriver à comprendre ce que veut nous dire l’autre bateau.

On finit par comprendre que c’est un remorqueur qui tire une barge de 1100 pieds. Le gars du remorqueur demande à Marc-André s’il préfère passer devant ou derrière. Sécuritairement, le Capitaine répond derrière. Ce qui veut dire que nous devons nous dérouter un peu au sud afin de ne pas entrer en collision avec le remorqueur qui tire la barge. Aller vers le sud veut aussi dire de prendre la vague de côté dans ce cas-ci, ce qui est particulièrement inconfortable. Et vu que les distances sont difficiles à évaluer, ça prend beaucoup de temps avec les vagues de côtés afin de passer le remorqueur et la barge et de reprendre notre cap.

Pour ma part, je n’ai jamais pu voir le remorqueur et la barge. Après quelques minutes de vagues de côté, je sens que Fluffy a vraiment chaud. Elle est couchée à mes pieds et elle me souffle son haleine très chaude sur les pieds. Je ne la vois pas car il fait très noir. Pauvre chien. Dans 2 heures, il va commencer à faire clair. J’ai hâte. Je suis un peu mélangée par les pilules contre le mal de mer et aussi le fait qu’on est en pleine nuit dans une mer agitée. Je change un peu de position sur le banc du cockpit. Ho, c’est bizarre, on dirait que c’est un peu mouillé sur le coussin??…

Et là, la lumière fut. C’était pas l’haleine chaude de Fluffy, elle m’a VOMI sur les pieds, et aussi sur tout le coussin du cockpit. F**k. Je le dis au Capitaine qui n’en croit pas ses oreilles et qui barre toujours très sportivement dans les vagues pour diminuer au maximum l’impact des vagues de côté. Il ne voit absolument rien et moi non plus mais je lui confirme la catastrophe. Je vais chercher à l’intérieur du bateau de quoi nettoyer sommairement le méga dégât de Fluffy. Ça brasse vraiment beaucoup et je ne trouve pas les foutus essuie-tout. Je finis par les localiser et je m’essuie les pieds. Ensuite je dois chercher la pilule contre le mal de mer de Fluffy qui par miracle n’était pas trop loin. Je dois me tenir afin de ne pas tomber. Je m’assois dans les marches du cockpit pour tout rassembler et remonter dans le cockpit. Je nettoie. C’est dégueu. Je redescend ensuite chercher la première chose qui me tombe sous la main, soit un vieux tortilla sec pour emballer la pilule de Fluffy afin qu’elle l’avale. Elle ne veut rien savoir, elle mâche un peu et recrache un bout du tortilla et sa pilule. Ça brasse. Je reprends les bouts de tortilla mous afin de remettre dedans les bouts de pilules que Fluffy a recraché une fois qu’on les a localisé par terre avec une lampe de poche. Dégueu. Dégueu. Dégueu. Après quelques tentatives, Fluffy finit par les avaler.

Elle semble aller mieux. Mais là j’ai chaud à l’arrière du cou, ça a tellement brassé à l’intérieur que j’ai un mal de cœur intense. J’ai aussi quand même ramassé du vomi de chien dans le noir, Rien pour aider un marin. Je dis au Capitaine que je ne me sens pas bien, il me donne une chaudière et c’est à mon tour…. Tout de suite après je m’endors avec Fluffy sur le fameux banc.

Ça doit faire un peu plus de 2 heures qu’on est partis. Il reste encore plusieurs heures à la traversée. Le Capitaine est un peu découragé de son équipage. Je me réveille avec le lever du soleil. Le bateau est un bordel complet. Marc-André a fait des micro-siestes à la barre avec toutes les alarmes du radar en fonction. Nous sommes dans le Gulf Stream. Le courant et les vagues nous ralentissent à 3,5 noeuds. On avait calculé le pire des scénarios à 5 noeuds. On se dit qu’on va se reprendre après le Gulf Stream parce qu’on n’est pas en avance sur l’horaire, loin de là. On s’alterne à la barre. Vers 11 heures, je suis inquiète et pas super en forme. On est maintenant très en retard sur l’horaire et il nous est impossible d’arriver de noirceur à Bimini. Le Capitaine est encore confiant d’y arriver mais on y sera en fin de journée.

Soudainement, on navigue plus vite, les vagues s’estompent et le Gulf Stream est derrière nous. Notre heure d’arrivée estimée est maintenant vers 16h. Il fait beau, la mer est d’un bleu cobalt (Merci à Nathalie de Bel Motivo pour la couleur). On ne voit pas de terre à l’horizon, c’est la mer à perte de vue avec seulement des poissons volants pour nous tenir compagnie en cours de route.

Vers 15h00, TERRE EN VUE! C’est l’île de Bimini. On peut enfin distinguer au loin les différentes nuances de turquoise de l’eau près du rivage. ENFIN LES BAHAMAS!!! On voit la couleur de l’eau changer sous le bateau au fur et à mesure passant du bleu cobalt, au vert émeraude jusqu’au turquoise cristallin. J’ai les larmes aux yeux (et aussi super hâte de prendre une douche).

Le Capitaine négocie l’entrée pas super évidente du port comme un chef, comme à l’habitude et on s’accoste au Big Game Club marina. On hisse le drapeau jaune de quarantaine que l’on doit afficher avant de passer les douanes. On a de la misère à réaliser que c’est vrai mais comme on est en fin de journée et que les douanes vont fermer, le Capitaine doit se dépêcher à y aller car celui-ci est la seule personne autorisée à descendre du bateau tant que le processus des douanes n’est pas complété. Le processus est assez rapide, pas de problème avec les papiers de Princesse Fluffy, pas d’inspection du bateau. La vie est belle.

WOW, on voit le fond de l’eau à 10-12 pieds en dessous du bateau tellement l’eau est claire. On peut voir des raies, des requins nourrices, plein de poissons et aussi des bull sharks. C’est pour nous mission accomplie, nous sommes aux Bahamas dans les temps et avec un équipage en forme et un bateau intact. On passe la semaine a Bimini car pour le trajet vers Nassau, on doit dormir sur le banc (c’est à dire en plein milieu du Great Bahama Bank), ensuite faire un arrêt dans les iles Berry’s et faire le trajet vers Nassau. Il y a beaucoup de vent (vent=vagues) et nous voulons avoir une nuit correcte sur le banc et des conditions favorables alors on attend.

Nous mangeons finalement notre première salade de conch (genre de ceviche avec le mollusque qui vit dans le gros coquillage que l’on voit partout dans le sud) et qui est excellente.

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Conch salad

Par contre, ici tout ou presque est frit, alors on limite les restos et on profite du bateau et du paradis que sont les Bahamas. On fait de l’eau pour la première fois avec notre dessalinisateur portatif Rainman, Marc-André pêche, on va à la plage, bref on relaxe pour la première fois.

Le 17 décembre, les conditions sont favorables pour une nuit sur le banc. On part donc au lever du soleil en compagnie du Voilier Mustique. Par contre, il va plus vite que nous alors on se dit au revoir, on se reverra à Nassau. Super belle navigation, un peu de vague. C’est la première fois que l’on voit le fond en naviguant, toutes voiles sorties, c’est magique. L’eau est turquoise à perte de vue.

Je fais une guacamole en collation d’après-midi, pas de doute nous sommes en vacances. Nous mettons l’ancre sur le banc, celui-ci est un peu agité mais les millions d’étoiles dans le ciel en font un moment inoubliable. L’équipage se couche tôt, on est brûlés et nous avons une grosse journée de navigation en vue pour demain afin de se rendre dans les Berry’s car de forts vents sont prévus et nous devrons nous y abriter un jour ou deux.

Encore une belle journée de navigation, le vent se lève et nous sortons les voiles. Nous avons un bon 15-20 noeuds de vent soutenu alors ça avance bien. Nous avons analysé la météo hier du bateau (merci téléphone satellite) et nous décidons d’aller nous ancrer à Bird Cay qui est relativement protégé du nord et de l’est, d’ou le coup de vent va venir. Plus la journée avance, plus la mer est formée. Nous avons une pensée fugace de se rendre à Nassau directement mais c’est quand même 6 heures de plus de navigation et on n’est pas prêts mentalement. On s’ancre dans Bird Cay pour ce que l’on croyait être une journée ou deux. Avoir su….

La nuit est mouvementée à l’ancre, car dans les Berry’s tu n’es pas très protégé. Les îles ne sont pas grosses et tu es entouré par la mer. On ne peut même pas penser descendre le dinghy pour faire faire les besoins de Fluffy sur terre tellement il ne fait pas beau. Fluffy devra se réconcilier avec son tapis gazon pour aujourd’hui. Marc-André fait le update météo et il a la mine basse. On dirait que le coup de vent est plus qu’un coup de vent. Aussi loin qu’il regarde (5 jours), il annonce des vents de 30-40 noeuds et faisant le tour du quadrant (nord-est-sud-ouest et ça recommence). Ouf on va y goûter…. Je suis de mauvaise humeur car nous n’avions pas planifié passer plusieurs jours ici. On ne peut rien y faire, on ne peut pas descendre le dinghy et c’est tellement hostile dehors que l’on ne peut rester dans le cockpit.

1 journée passe, 2 journées, 3 journées…

C’est comme ça tout le long de notre séjour dans les Berry’s

On n’avait pas prévu le coup alors on passe le temps comme on peut. Notre forfait internet est à renouveler au 24 heures (merci Netflix). Après 3 jours, on n’en peut plus d’entendre le vent siffler et Marc-André est rendu aux écouteurs (on ne trouve pas les bouchons d’oreilles) pour faire des pauses de bruit de vent qui siffle. On commence à ne pas la trouver drôle car on avait rendez-vous le 24 décembre avec nos amis Pierre et Louise de Point Final! pour le réveillon de Noël et la météo ne semble pas coopérer.

Aussi, notre visite arrive le 28 décembre. Nous qui pensions finalement être en avance sur l’horaire, nous avons clairement sous-estimé les défis des navigations qui nous restaient à faire pour se rendre à Nassau. Pourtant, on a pris toutes les fenêtres météo possibles. Le 20 décembre, on fait le petit sapin de Noël et on écoute des chansons de Noël, question de se mettre un peu dans l’ambiance.

Marc-André regarde la météo presque 24 heures sur 24. Une fenêtre météo se dessine pour le 22 décembre mais la traversée s’annonce sportive encore une fois (3-4 pieds de vague courte). Ça fait 4 jours que nous sommes dans les Berry’s, aucune fenêtre météo ne se dessine à l’horizon d’ici Noël alors il est plus que temps de s’en aller. Aussi, le vent va virer au Sud et à l’Ouest, dont nous ne sommes absolument pas protégé.

Nous levons donc l’ancre au lever du soleil le 22 décembre, température maussade et nuages noirs sont au rendez-vous. Il vente encore un bon 15-20 noeuds soutenus. La vague vient de l’est et ça brasse un peu dès le départ. Évidemment, les humains à deux et quatre pattes ont pris leurs médicaments contre le mal de mer avant de partir, on ne prend plus de chance. Nous naviguons lentement, les plus petites vagues sont environ de 7 pieds et le plus souvent sont d’environ 9 pieds aux 5-6 secondes (ça veut dire 1 grosse vague toute les 5-6 secondes) donc ça nous ralenti beaucoup. Lorsqu’on est dans le bas de la vague, le Capitaine ne voit que de l’eau devant le bateau, tellement la vague est grosse et courte. On ne voit plus le ciel lorsque nous sommes dans la vague…

Après environ 1 heure à ce régime, on voit encore très distinctement notre ancrage dans les Berry’s. Un orage éclate. Il pleut fort et les vents forcissent. Je demande au Capitaine s’il trouve que ça brasse un peu trop. Pour ma part, la réponse est oui, je ne me sens pas en sécurité. On décide donc de faire demi-tour. Nous avons assez de jugement pour reconnaître que tout bateau et tout équipage a ses limites et de retourner dans notre ancrage. Ouin…, on doit maintenant se rendre à l’évidence, on va vraiment passer le premier Noël de cette aventure seuls dans les Berry’s, loin de notre famille et nos amis.

Deux jours passent et c’est la veille de Noël. On essaie de se sentir dans l’ambiance mais c’est difficile. Ma famille se réunit pour le réveillon, on les Facetime ainsi que la famille de Marc-André. La connexion n’est pas bonne, j’ai un peu le motton et on s’ennuie de toute la gang. Le Capitaine fait ce qu’il peut pour me remonter le moral. On ouvre une bonne bouteille et il me concocte une création gastronomique pour le souper de Noël (hahahahahahahahahahaha) avec ce que nous avons sous la main. C’est à dire: poitrine de poulet, sauce bbq St-Hubert en poudre, patates en poudre, carottes et un restant de pain sec de hamburger. Un point pour l’effort.

De toute façon, demain matin à la première heure on part pour Nassau. Nous y serons donc en même temps que le Père Noël, le 25 décembre. Nous faisons une super traversée, il fait beau, on fait de la belle voile, la mer est agréable. Quel beau cadeau de Noël. Nous arrivons en vue du port de Nassau après une traversée de six heures. La mer est très agitée près de Nassau et l’entrée du port est difficile à trouver. Un méga yacht nous dépasse et nous montre le chemin. Nous apercevons les gros bateaux de croisière qui sont au port, très impressionnant.

Nous arrivons finalement à la marina du Nassau Yacht Haven afin de s’amarrer à côté de nos amis de Point Final! Ils nous accueillent et nous aident à nous amarrer au quai car le marina n’a pas de personnel pour nous aider aujourd’hui. Heureusement qu’ils y étaient.

Ce sont des retrouvailles après plus de deux mois, nous qui pensions nous revoir à Norfolk début octobre. Nous soupons sur le bateau de Pierre et Louise, débouchons le champagne et on fête!

Dans 3 jours notre visite arrive et ce sera aussi le début de nos vraies vacances dans les Exumas.

Traversée vers Nassau-Jour de Noël 2019

Objectif Nassau pour Noël, Part 1

27 novembre. Débutons par faire une analogie avec le hockey, à partir de maintenant, il faut « se présenter su’a glace à chaque game » si on veut arriver à notre objectif d’être à Nassau pour Noël. Question que notre visite du 28 décembre ne soit pas obligée de changer son vol de Nassau à Fort Lauderdale…. Ce qui veut dire que chaque jour qui sera navigable, on devra naviguer même si cela n’est pas totalement idéal.

On part de Fernandina Beach (c’est pas super inspirant et il y a une de ces odeur quand on se lève vu les usines à proximité…) tôt le matin afin de se rendre à St. Augustine (mile statutaire 777.8), n’oublions pas qu’il faut se rendre au mile statutaire 1063 qui correspond à Fort Lauderdale. Nous avons environ 55 miles nautiques à faire aujourd’hui. C’est de plus en plus beau et devinez quoi, il fait plus chaud. Enfin. On peut enlever nos bas de laine et nos manteau. Ils sont presque devenus une deuxième peau. On a comme peur de s’en séparer, on dirait que c’est irréel et que le froid, l’humidité et l’eau verte/brune seront de retour. Mais non, l’effet du Gulf Stream se fait sentir. On arrive à St.Augustine, nous avons réservé (Merci à Catamaran Ti’Ama) une boule d’ancrage de la Ville afin de s’y promener et d’y souper. En arrivant, quel choc. La beauté de cette Ville, qui est aussi la plus vieille des États-Unis, a une architecture incroyable datant de l’époque coloniale. Le passé espagnol de St.Augustine est très bien préservé et cette Ville vaut clairement d’y passer quelques jours si le temps vous le permet. En plus, les lumières de Noël sont illuminées et c’est spectaculaire. Les gens se promènent en calèche et chantent des cantiques de Noël (ha oui c’est vrai Noël c’est bientôt…). Hé boy, c’est presque trop pour l’équipage du Air Cool qui n’est plus habitué à tant d’action. Mais on est tellement contents!

Nous allons souper dans un petit resto sur une artère touristique. Notre seul critère est qu’il y ait de la bière froide et une terrasse car Fluffy nous accompagne. On tombe sur un resto pub irlandais?/anglais?/espagnol? En tout cas, mettons que la ligne directrice n’était pas claire mais ça répondait à tous nos critères. En plus ils servent des frites avec de la sauce brune et du fromage qui fond… Ça vous dit quelque chose? On n’y croit pas, on est sur la terrasse d’un restaurant, il fait chaud, on est habillé en été et en plus on mange une réinterprétation de la poutine. WOW!!

Le lendemain, départ tôt pour Daytona Beach(mile statutaire 830), nous devons faire environ 50 miles nautiques aujourd’hui. Nous arrivons vers 16h à notre ancrage de Daytona Beach. C’est Thanksgiving aujourd’hui alors c’est congé pour tout le monde. Un liveaboard (quelqu’un qui vit dans son bateau, en Floride il y en a) vient près de notre bateau. Il se cherchait un party mais on n’est pas le bon public car on part tôt demain. Autre élément notable à mentionner, lorsque Marc-André va aux toilettes cette nuit-là, il me réveille tout énervé pour que je vienne voir ce qu’il y avait dedans. Moi, clairement méfiante en plus d’être endormie (comment ça peut être une bonne nouvelle de se faire réveiller en pleine nuit pour ça…surtout avec le passé récent du bateau à Sandy Hook?), je me lève à contrecoeur pour constater qu’il y a de la bioluminescence dans la toilette!!! Petite précision technique, la toilette prend l’eau dehors pour aller dans la cuvette pour ensuite aller vers le réservoir septique. J’étais triste pour la bioluminescence qui a fini comme ça. Pis en plus je l’ai dit à voix haute. Parfois, le Capitaine doit se dire que le voyage sera bien long…

29 novembre, direction Cocoa Beach (mile statutaire 897), encore environ 60 miles nautiques à faire. Nous mettons l’ancre, soupons et dormons, brûlés.

30 novembre, on a réservé un quai à la marina municipale de Vero Beach (mile statutaire 951) pour 1 semaine afin de préparer le bateau et notre approvisionnement pour les Bahamas!!!! Yesss ça roule. Au chaud ça va toujours mieux. Vero Beach, aussi appelé Velcro Beach pour les navigateurs, est reconnue pour son hospitalité, ses plages et les commodités pour l’approvisionnement et la préparation à la traversée. Certains navigateurs y restent et ne traversent jamais aux Bahamas. Aussi, cette marina est relativement abordable (environ 400$ US/semaine) versus si nous descendons plus au sud, ou le tout peut avoisiner les 3,50$-4$ du pied/jour, souvent pour un minimum de 40 pieds.

On arrive à quai (super difficile avec le courant et un ponton qui nous coupe le chemin, bravo Capitaine) et on va dîner dans un resto en bord de plage (ma demande spéciale). Nous voyons notre première plage de sable blanc de près.

Première semaine de décembre. On fait des courses dans genre 1000 magasins pour combler la liste de ce qui nous manque pour les Bahamas. Tout y coûte plus cher (si tu le trouves) car cela arrive par bateau alors on essaie d’acheter tout ce que l’on peut aux USA. La Floride est tout de même la reine des centres d’achats alors… on en profite. Équipement de pêche, plongée, bateau, photographie, téléphone satellite et autres achats reportés depuis notre départ en septembre dernier.

On va aussi voir notre famille. Jacynthe et Michel, la tante et l’oncle de M-A, ont une maison à Boynton Beach et nous avons le plaisir de passer quelques jours avec eux. On a un échéancier serré (ils sont à la retraite mais ils ont un agenda de premier ministre ;-), car ils partent en croisière le 7 décembre et on peut juste arriver le 5. On passe du bon temps avec eux et aussi avec les très sympathiques Danye et René, dont on a la surprise qu’ils lisent notre blog, et Hollie et Jim, avec qui Jacynthe et Michel partent en croisière. Comme Jim et Hollie sont américains et qu’ils ne parlent pas français, on pratique notre anglais qui est tellement plus fluide après quelques verres de rouge, surtout pour Michel…

Ensuite, de retour sur le Air Cool, nous devons ranger nos épiceries de sec et de frais. Pour le sec, nous sommes allés au Wal-Mart (par 2 fois) et pour le frais à au Publix à Vero Beach en fin de journée le 7 décembre après le vétérinaire de Fluffy à Boynton Beach.

Ouin… C’est compliqué (mais faisable) apporter son chien avec soi dans un autre pays. Pour les Bahamas, elle doit avoir tous les vaccins exigés en plus d’être immunisé contre la rage. Nous avions fait traduire toutes les preuves des vaccins du Québec en anglais, que j’ai envoyé à l’avance chez le véto américain (que nous devons voir 48h avant de traverser au Bahamas). Lorsque nous arrivons chez le véto, ils sont super professionnels mais il me manque un document exigé par les Bahamas, que j’avais mentionné dans mon courriel au véto américain. Ils nous le signent mais ensuite, je remarque que les dates de vaccination sur le certificat international ne correspondent pas (les dates et mois sont inversés) vu le système québécois et américain de date qui sont différents. Morale de l’histoire pour les navigateurs, informez-vous super bien et re-vérifiez tout. C’est quand même une étape stressante, en plus du reste de la préparation et de la traversée à venir. Faites-vous des listes à l’avance par ordre de priorité et cochez au fur et à mesure. Ça aide à garder une certaine santé mentale.

Pour en revenir l’approvisionnement du bateau, il y a quelque chose d’un peu particulier à faire avant de mettre les denrées de sec dans le bateau (cannage et autres..). Ouin… faut idéalement que tu laves tes cannes et que tu décolles les étiquettes et aussi que tu enlèves le plus de carton possible du bateau. Vous devinez pourquoi? Ben… les coquerelles aiment bien la colle des cannages et des emballages et y pondent leurs oeufs dans les entrepôts. Fak dans quelques semaines, alors que tu vivras la vie rêvée bien méritée aux Bahamas, sous le soleil avec la plage et les palmiers, il se peut que tu aies la charmante surprise d’une belle invasion d’amies indésirables dans ton bateau. Nous avons eu une expérience récente sur un de nos lieux de travail, qui me restera dans la tête pour toujours (et à plusieurs d’entre vous, mais tout particulièrement dans celle de mon amie Marie-Claude) avec ce genre d’amies indésirables et je peux vous dire que nous avons fait la maximum pour limiter les risques sur le Air Cool. J’ai aussi acheté des pièges à coque…, à mettre sur votre liste d’achats amis navigateurs, parce que vaut mieux être prêts.

Après la mission Coque…, il faut que tu stockes tout ça dans ton bateau. Avec un peu d’imagination, tu en rentres des affaires dans un bateau de 35 pieds!

Une fois l’approvisionnement complété et le chien qui a ses documents officiels… Ça devient bel et bien réel, on attend maintenant notre fenêtre météo pour traverser aux Bahamas! Wow, après tout cela, il semble qu’on va y arriver.

Du dimanche le 8 au mardi 10 décembre, on descend la ICW jusqu’à Fort Lauderdale ou on prendra le « Inlet » de Port Everglades (le même que les gros bateaux de croisière) afin de traverser aux Bahamas. Plus on descend vers Fort Lauderdale, plus les maisons (et les bateaux) sont impressionnants. Pas de doute nous sommes bel et bien en Floride. Le moral est au plus haut, l’équipage est content et a hâte d’être aux Bahamas.

La dernière journée, pour le trajet de Boca Raton à Lake Sylvia ou nous allons attendre notre fenêtre météo, on a environ une vingtaine de ponts à faire lever avec des horaires. Il faut toujours s’arranger pour se « timer » avec les ponts sinon tu es pris à attendre devant afin que l’opérateur le lève à l’heure prévue et il y a beaucoup de courant et de trafic, en plus que la ICW n’est pas large. Alors sois tu ralentis entre les ponts, ce qui allonge encore ta journée, ou bien comme dirait le Capitaine, tu « tords » la poignée. On aime de moins en moins pousser le moteur à bout car les dernières semaines, disons qu’on ne l’a pas lâché… Aujourd’hui encore il semble qu’on n’a pas le choix. Mais la chance nous a souri!

Ben oui, après le premier pont, on voit derrière nous deux petits bateaux de Sea Tow qui remorquent un gros bateau moteur. Le gars de Sea Tow nous appelle à la radio et nous dit que si nous le suivons, il fera lever tous les ponts à demande, vu qu’il n’est pas manœuvrable.

Alors nous avons eu une belle journée assez relax à le suivre, il a fait lever tous les ponts et nous n’avions pas à nous préoccuper de l’horaire. Nous sommes arrivés à notre ancrage de Lake Sylvia en avance sur notre horaire, ou nous avons pu préparer le bateau et se préparer mentalement à notre traversée de cette nuit car on doit partir vers 2 heures du matin pour les iles Bimini, notre port d’entrée aux Bahamas.

Nous avons un peu plus de 50 miles nautiques à faire pour se rendre à Alice Town à Bimini, mais la fenêtre météo est courte et s’annonce plus ou moins confortable. Il y aura des vents du Sud-est (ne jamais traverser le Gulfstream avec un vent du nord) d’environ 10-15 noeuds et il annonce 2-3 pieds de vague. On sera chanceux si on ouvre les voiles mais on ne voit pas d’autres fenêtres météo qui s’annoncent pour la semaine à venir et on préfère traverser maintenant alors que c’est navigable que qu’attendre une fenêtre météo idéale. De plus, c’est la première fois qu’on ne verra plus de terre dans cette traversée alors pour ma part, ça me stresse un peu. Le Capitaine pour sa part est bien relax.

Mais il ne se doutait pas des aventures qui attendaient l’équipage dans cette navigation… La suite dans la Part 2.

Lever de soleil après une nuit agitée dans l’Atlantique Nord

Sunshine State!!

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« Envoye dans l’lit, maudite chanceuse ! »

Léo Lespérance (Rémy Girard) qui lance cette phrase à son épouse, Ginette (Pauline Lapointe) dans le film La Florida

Aucun contexte avec le texte qui suit à part qu’on est des genre de snowbirds mais cette phrase me fait trop rire et je devais trouver une façon de la ploguer quelque part. Vu que notre objectif est la Floride… ben c’est ça. Voilà c’est fait, on peut passer aux choses sérieuses.

Lundi 18 novembre. Encore une journée pluvieuse et froide sur la Pungo River. Le vent s’est un peu calmé. On se lève avant le lever du soleil, ce qui sera pas mal notre quotidien pour les jours à venir. Avec un réveille-matin. Je vous ai déjà parlé de mon amour des réveille-matin… Mais là ce n’est pas pareil, nous sommes en mission.

En mission Floride le plus vite possible. Sauvons-nous du froid, du nord, de l’humidité et de l’eau verte/noire. Nous avons élaboré un planning serré. Aujourd’hui, direction Moorehead City ce qui représente environ 65 miles nautiques (toute la journée de clarté). Ce soir après les 10 heures de navigation, nous irons faire l’épicerie pour 2 semaines, ce qui est le temps que nous estimons pour arriver à West Palm Beach ou Fort Lauderdale, sans s’arrêter.

Ensuite, je devrai faire le lavage et Marc-André devra s’occuper de diverses tâches sur le bateau, dont mettre du diesel et de l’eau. On doit être reparti à 11h le lendemain pour respecter notre plan de match. On l’a écrit pour cocher les journées au fur et à mesure, ça aide à visualiser et garder le cap.

Alors on lève l’ancre et on est juste contents de partir de Pungo River. C’est une navigation monotone, on ne voit pas le soleil. Fluffy a l’air de se demander pourquoi on a décidé de tenter cette aventure. Après tout, on lui a promis de la chaleur. Pauvre chien. De plus, on croise plusieurs bateaux échoués, vestige d’un ouragan, ce qui ne remonte pas tellement le moral.

Mais bon, on arrive à Moorehead City, on s’amarre à un quai. Non pas un quai, un genre de demi quai avec un gros pilier en bois devant, sur lequel il faut que tu attaches le devant de ton bateau. J’ai oublié de le prendre en photo (ou je n’ai pas eu le temps ou l’énergie) mais voici ce que ça a l’air:

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WTF

Qui a pensé à ce système-la? Je suis certaine qu’il y a une raison mais bon…. encore aujourd’hui on se demande comment j’ai pu attacher l’amarre sur le poteau sans qu’on accroche le bateau très gros et très cher que nous avions comme voisin. Il faut dire que le Capitaine est venu à la rescousse rapidement.

On maintient le cap sur notre plan de match, donc malgré la grosse journée de navigation, on prend l’auto de courtoisie de la marina pour aller souper et ensuite faire l’épicerie. On est tellement brûlés en revenant au bateau que nous rangeons juste les produits frais dans le frigo et le congélateur portative Dometic. Le reste attendra au lendemain.

Le lendemain, le cadran sonne à 6h30 pour aller faire…. du lavage…. Merveilleux début de journée qui s’annonce encore très grise. À la buanderie de la marina, on croise deux québécois qui ont fait une traversée dans l’Atlantique Nord et qui en ont eu pour leur argent. Vagues de 10 mètres, leur électricité et instruments ont été hors service (pendant la traversée au plus mauvais du temps), voile déchirée, etc… Finalement, notre histoire de radar c’était rien du tout comparé à ça. En plus, leur projet est de se rendre au Costa Rica pour Noël (!!!) Projet beaucoup plus ambitieux que le nôtre. Bref, j’expédie le lavage, Marc-André fait ses tâches et on quitte vers 10h30 à destination d’un ancrage dans un bassin à proximité d’une base militaire (Camp Lejeune). Des dauphins accompagnent de temps à autre notre route.

Le lendemain, après une nuit sans histoire (on le regrette presque car nous avons lu que parfois des plongeurs de l’armée sont venus s’exercer à côté des bateaux et aussi qu’il y a exercices avec des hélicoptères), on repart au lever du soleil. Une magnifique journée s’annonce et nous voyons enfin le soleil. On pensait qu’il était disparu du ciel. Nous avons aussi le plaisir de voir plusieurs dauphins s’amuser pendant que le soleil se lève sur un ciel rose, ce qui en fait un spectacle tellement spectaculaire qu’on en oublie de prendre des photos.

Fluffy n’avait pas fait ses besoins le matin avant de partir, elle non plus n’est pas trop fonctionnelle lorsqu’il faut se lever dans la noirceur et le froid… Alors plus tard en matinée, elle nous regarde avec des grands yeux, signe qu’il fallait qu’elle y aille. En navigation et lorsque nous ne pouvons débarquer, nous lui avons appris à faire ses besoins sur un tapis gazon situé sur le devant du bateau (voir photo précédente). Elle n’aime pas particulièrement ça mais ça fonctionne bien avec le Capitaine. Avec moi, parfois elle s’assoit sur le tapis gazon et me fait sa face de caniche à tête de cochon, ce qui veut dire qu’elle ne le fera pas, donc le résultat est variable selon l’humeur de Fluffy. Le Capitaine ralentit et j’amène Fluffy en avant. Tout se passe bien, elle se prépare à faire pipi et tout à coup je vois une nageoire au loin. Un dauphin nous a vu et s’approche du bateau. Il sort de l’eau en expirant… de l’eau et juste à côté de Fluffy qui ne s’était rendue compte de rien jusqu’à date. Je n’ai jamais vu un chien faire un saut pareil, j’en braille encore de rire.

Sinon la journée se déroule sans rien de spécial sauf qu’il y a du trafic sur la ICW, on respecte le plan de match d’environ 60 miles nautiques et nous allons nous ancrer dans Tina’s Pocket, tout près de l’océan, d’où nous pouvons admirer un beau coucher de soleil.

21 novembre, encore la même chose, on se lève avant le soleil, on prépare le bateau et on lève l’ancre pour une autre journée d’environ 60 miles nautiques jusqu’à un ancrage situé dans la Waccamaw River. Bonne nouvelle, aujourd’hui on sera en Caroline du Sud. On progresse tel que le plan de match. Il fait beau, journée de navigation ou il n’y a rien de particulier à signaler. Le soir on met l’ancre dans une baie de la magnifique Waccamaw River. On dirait un mélange de la forêt du Québec avec de la mousse dans les arbres, il y a même des couleurs. La diversité des paysages dans la ICW nous surprend de jour en jour. Quelque fois tu navigues en voyant la mer tout près et quelques heures après tu es dans les bayous ou une réplique de la forêt québécoise.

22 novembre, je me réveille un peu brûlée et le Capitaine m’offre de retourner me coucher. Je fais donc la grasse matinée jusqu’à 8h30 après avoir levé l’ancre. Encore une navigation d’environ 60 miles nautiques. Nous voyons pour la première fois une barge de « dredging », c’est une barge connectée sur un tuyau qui pompe le sable accumulée dans la ICW vers les côtés afin d’éviter que les bateaux s’échouent sur les hauts fonds dans de l’eau pas assez profonde. La ICW est un canal creusé par l’homme et il doit y avoir un entretien constant par la U.S. Army Corps of Engineers. Le procédé est quand même impressionnant.

Ce soir on s’ancre dans Graham Creek (mile statutaire 439) mais dans le courant de la journée, on s’inquiète un peu du lendemain car des forts vents sont prévus pour les prochains jours et l’ancrage que nous avons prévu n’est pas très protégé. On passe beaucoup de temps à faire des recherches mais il n’y a rien d’intéressant au niveau des ancrages au millage ou nous serons rendus demain (mile statutaire 511), soit en Géorgie. On arrive à l’ancrage, on soupe, on regarde encore les options d’ancrage pour demain et on se couche à 7 heures, brûlés, sans avoir trouvé quelque chose de satisfaisant.

Le lendemain, comme à l’habitude le cadran sonne avant le lever du soleil. On prépare le bateau et on prévoit arrêter vers 9h00 à la marina de Isle of Palms qui est sur le chemin afin de faire le plein d’eau et de diesel et faire faire les besoins de Fluffy sur la terre ferme. Le rythme de navigation soutenu commence à nous rattraper (particulièrement Fluffy et moi), il fait encore assez froid. Le dockmaster (responsable des quais) de Isle of Palms discute avec nous de notre trajet et nous parle de Charleston, qui est tout près. Il nous dit que nous ne devons absolument pas passer à côté de cette ville, qui est très belle et pleine d’histoire. Il nous indique qu’il y a une marina à Charleston (sur notre chemin) et qu’on devrait s’y arrêter. Nous lui demandons quelle est la distance à partir de Isle of Palms, ce à quoi il dit environ 10-15 minutes de taxi. Marc-André me regarde et me demande si je veux rester à la marina (vu qu’on est déjà arrêté) afin de visiter Charleston et se protéger des vents pour les deux prochains jours. Si je veux? Heu mets-en! En plus, j’avais envie de visiter Charleston depuis super longtemps et j’étais déçue de ne pas pouvoir vu l’horaire serré auquel nous devons nous tenir.

On s’amarre à notre quai, l’équipage est content de se dégourdir les jambes et les pattes (Fluffy est particulièrement contente de voir du vrai gazon), après plusieurs jours sur le bateau. Isle of Palms porte bien son nom, on voit des palmiers en quantité.

On prend ensuite un Uber jusqu’à Charleston. On passe une superbe journée assez bien remplie! On visite un peu la Ville, nous sommes charmés par ses maisons pastels et son architecture. Plusieurs maisons ont le porche dans la cour intérieure, ce qui est caractéristique de Charleston.

La faim et la soif se font rapidement sentir alors nous allons dîner au Fleet Landing restaurant, qui est un excellent restaurant de fruits de mer ou les locaux vont manger. Ensuite, nous allons visiter le musée de Fort Sumter qui a été déterminant dans la Guerre de Sécession et ensuite nous allons à l’aquarium qui est un des plus beaux en Amérique du Nord. Quelle belle journée.

Question de rester dans le thème de la journée, nous allons souper au Raw Bar 167, ou nous dégustons des huîtres et des tacos de poisson.

24 novembre, une fenêtre météo fort prometteuse pour un passage en mer se dessine pour le 25-26 novembre. La mer s’annonce calme avec un peu de vent. Va-t’on oser se lancer à nouveau dans l’Atlantique Nord après une première expérience rock’n roll? On se dit qu’il est préférable de se remettre en selle le plus vite possible et vu qu’on n’a pas particulièrement envie de voir la Georgie, ses marécages et ses hauts fonds, on décide de faire un saut de 30 heures en mer afin de se rendre à Fernandina Beach (mile statutaire 716) en Floride. On prépare donc le bateau pour la traversée et on fait des repas simples, à l’avance, que nous avons juste à réchauffer durant le passage.

On part donc le 25 novembre de bon matin. On s’assure de prendre nos médicaments contre le mal de mer au cas ou AVANT de partir (on nous ne la fera pas 2 fois). On fait des quarts de 2 heures chacun et il ne se passe rien sauf dans la nuit près de l’inlet de Savannah ou il y a beaucoup de trafic maritime, genre des gros porte-conteneurs (heureusement c’était le quart du Capitaine). Superbe traversée de 30 heures, la mer est calme c’est comme un lac. Nous pouvons maintenant respirer car nous sommes enfin rendus en Floride. Welcome to the Sunshine State!

Le paradis ça se mérite

7 novembre, nous sommes tellement contents, l’histoire du radar est réglée et enfin on peut partir de Cambridge! Nous ne sommes pas des navigateurs de carrière depuis longtemps, mais on peut vous dire qu’être forcés de rester à quelque part contre notre gré est complètement contraire au style de vie qu’on a choisi.

Nous partons au lever du soleil, plein de motivation malgré le matin froid, avec le déjeuner du navigateur au long cours. On a recommencé à manger du gruau, c’est nourissant et réconfortant lors des matins froids dans la descente vers le sud.

Nous avons une journée de navigation à faire pour se rendre à une boule d’ancrage à Solomons, Maryland car il annonce encore des forts vents et on doit s’abriter pour les deux nuits à venir. Mais au moins on est partis de Cambridge alors juste de changer de décor ça fait tellement de bien.

Le 9 novembre, on part à l’aube afin de se rendre à Reedville, Virginie. On change d’état, ce qui nous fait vraiment plaisir. Très belle journée de navigation, nous avons ouvert les voiles et navigué sans le moteur pour un petit moment. Quel sentiment de liberté.

Seul bémol, il faisait froid. Genre vraiment froid. J’ai du mettre son manteau d’hiver à Fluffy et j’ai aussi sorti le mien. On n’a jamais vu une fille si contente d’avoir apporté son manteau d’hiver (merci maman!). Aussi, on ne voyait plus un centimètre carré de peau du Capitaine…. Nul doute, l’équipage était prêt.

Nous sommes arrivés et nous nous sommes mis à l’ancre dans une petite baie ou nous étions seuls au monde. Nous avons ensuite eu droit au plus beau coucher de soleil que nous avons vu depuis longtemps.

10 novembre, on se lève encore à l’aube car aujourd’hui on a un planning très serré. On doit se rendre à Norfolk et le tout prend environ 10 heures de navigation et le jour dure genre 10 heures 20 minutes. Nous n’avons pas de place pour l’erreur sinon nous devrons entrer dans un port inconnu de nuit ce qui n’est vraiment pas idéal, ou bien nous arrêter avant Norfolk.

Norfolk c’est symbolique. Norfolk c’est le mile statutaire 0 de l’intracoastal (ICW), soit le début de la dernière étape avant les Bahamas et aussi la fin pour le Air Cool et son équipage, de l’interminable Baie de Chesapeake . Celle-ci nous réserve cependant une dernière surprise. Malgré les 2 pieds de vagues et les 10 noeuds de vent annoncés, c’était plutôt une mer bien formée de 4-5-6 pieds de vagues courtes avec un bon 20-25 noeuds de vent. On dit souvent que la Baie de Chesapeake peut être traître, ben voilà. Nous avons un petit rappel du sentiment de notre traversée dans l’Atlantique Nord. Nous sommes incapable de rester plus d’une minute à l’intérieur du bateau, le mal de mer est instantané et on doit se tenir partout tellement que ça brasse d’un bord à l’autre et que le bateau tape dans la vague. Nous dînons avec la spécialité culinaire préférée de mon père, les sandwichs biscuits soda et fromage jaune en tranche. Survie.

Après une pénible navigation, nous arrivons enfin à Norfolk. Cette ville est une plaque tournante pour les bateaux de l’armée et aussi pour les porte-conteneurs. Rien de plus agréable pour le Capitaine d’arriver dans un nouveau port, fatigué de ses 10 heures de navigation difficiles, que de se faire dire à la radio qu’un bateau de l’armée est en phase de sortie et qu’on est dans son chemin et tout de suite après c’était un gigantesque porte-conteneur…. Petit rush d’adrénaline. Aussi, nous avons remarqué que les gigantesques bateaux de l’armée ont certainement des brouilleurs de radar, voyez par vous-même (on était contents d’utiliser notre radar haha).

Tout s’est bien passé malgré tout et nous nous ancrons devant l’hôpital alors que le soleil se couchait. Mission réussie.

Malheureusement, de Norfolk, nous avons eu juste le temps de visiter un parc pour les besoins de Fluffy. Il semble que c’est une ville intéressante mais elle ne nous a pas beaucoup inspiré au premier abord car c’est très carré et très industriel. Si vous avez le temps, prenez quelques jours pour visiter, mais nous on en avait pas à revendre alors on est reparti dès le lendemain à l’aube car nous avions une belle écluse à faire… Vous vous rappelez comment on aime les écluses?

À partir de Norfolk, il y a deux options possibles pour descendre plus au sud. Tu peux prendre le Dismal Swamp Canal (trajet en rouge), qui est très beau avec des endroits très intéressants à visiter. Ou bien tu peux prendre la Virginia Cut (trajet en jaune) qui est la route commerciale et ou c’est beaucoup moins bucolique. Depuis qu’on rêve à ce projet, le Dismal Swamp est pour nous un incontournable. Par contre, cette année, il y a particulièrement beaucoup de « duckweed » dans le Dismal Swamp Canal. Cette algue en quantité si importante peut causer des ennuis mécaniques, particulièrement à notre moteur. Nous avons donc pris la sage décision de passer par la Virginia Cut car nous avons eu assez de la réparation de notre radar et nous ne voulons pas prendre la chance de retarder encore notre descente à cause d’un autre bris.

Finalement, les écluses se passent très bien, par contre les éclusiers nous obligent à aller du côté tribord et évidemment nous avons nos défenses et nos amarres côté bâbord. Heureusement ils ont des défenses au mur donc ça n’est pas un problème. Nous avons du ajouter des amarres rapidement coté tribord. Pour les navigateurs qui nous lisent, nous suggérons d’avoir assez de défenses et d’amarres pour être prêts bâbord ou tribord pour la durée du voyage. Ça vous enlèvera du stress et éviterez certaines difficultés. Vous verrez pourquoi plus bas.

La journée se passe très bien, nous allons à l’épicerie près de l’écluse pour s’approvisionner. Ensuite le Capitaine et moi discutons de la journée du lendemain. Encore une fois, il annonce des forts vents (30-35 noeuds) qui débuteront en début d’après-midi. Un nouvel horaire des deux premiers ponts à faire lever fait que nous ne pouvons partir avant 9h pour le pont de l’écluse. On doit s’assurer de passer à l’ouverture de 10h30 pour le prochain pont car sinon on perdra 30 minutes et on sera à risque pour les vents. Le tout afin d’arriver en début d’après-midi à Coinjock et de s’y abriter pour les deux prochaines journées. Je trouve l’horaire serré et la passe avant d’arriver à Coinjock (le Currituck Sound), je ne la sens pas trop. On y sera quand les forts vents auront commencé et nous devrons suivre la route étroite entre les marqueurs de la ICW pour ne pas s’échouer. Le Capitaine est à l’aise malgré tout et on finit par prendre la décision que malgré qu’on se fera brasser un peu, qu’on suivra ce plan, car il faut avancer.

12 novembre. Pire journée de navigation à vie. Tout commence bien, il fait beau et relativement chaud, le pont ouvre à 9h. On réussit ensuite à passer l’autre pont à 10h30. Tout va selon le plan. On sent que la température change, il fait rapidement de plus en plus froid. On voit même arriver le front froid derrière nous. Il nous court après. Marc-André accélère. Le vent se lève et souffle très fort (un vent du nord a un son particulier, il siffle). On a un bon 30-35 noeuds (60-70 km/h) soutenu.

Et là on arrive au Currituck Sound. L’eau est verte foncée/noire. La vague monte et elle est très courte. Elle atteint rapidement 6 pieds de l’arrière. Le bateau va de droite à gauche, dans l’étroit chenal de la ICW. Il se met à pleuvoir. Nous sommes rapidement trempés car cela vient de l’arrière et nous ne pouvons nous abriter sous notre bimini (toiles du bateau) car l’eau entre quand même. Il fait tellement froid et il vente tellement, que lors des coups de vents, la pluie se transforme en neige. Bref, deux très longues heures de navigation. Le Capitaine barre pour compenser les vagues et moi je suis presque en petit bonhomme dans le cockpit avec une seule mission: tenir le Ipad qui indique le chemin à la vue de Marc-André et aussi qu’il ne pleuve pas trop dessus. Fluffy est en sécurité à l’intérieur. On est congelés et brûlés. On finit par arriver à la marina de Coinjock et là, mauvaise nouvelle, on doit s’accoster du côté tribord vu le vent et le courant. Les amarres et les défenses sont…. du côté bâbord. Je dois aller tout changer de côté avant qu’on puisse s’accoster. J’ai les doigts gelés et ils ne m’obéissent pas pour défaire et refaire les nœuds des cordes des défenses. En plus, il pleut toujours. Marc-André doit attendre que je termine (ce qui prend un temps interminable) en manœuvrant dans l’étroit canal et ensuite tourner le bateau qui ne veut pas obéir vu le vent qui est très fort et qui s’engouffre dans l’étroit canal qui fait un entonnoir (détail technique, le bateau devait faire un 180 degrés, lorsque celui-ci avait fait 90 degrés, le vent et le courant le repoussait dans sa position initiale.) On finit par s’accoster. Ouf. On se récompense d’un bon souper à la marina pour décompresser de cette journée de m%%&?%&?$de.

13 novembre. Je ne me sens pas bien du tout en me levant, je pense que ce sont mes nerfs qui ont lâché. J’ai été malade et j’ai du rester couchée toute la journée. De toute façon, c’était prévu qu’on reste au quai vu les forts vents mais j’aurais fait autre chose. J’avais prévu de faire un peu d’admin et de vous écrire (désolée pour le délai) mais ça ne s’est pas passé comme cela. Il pleut dehors et à l’intérieur du bateau vu l’humidité ce qui cause de la condensation. Il fait froid. Non il fait frette. Le genre de frette qui te transperce jusqu’aux os. Je dors dans le lit sous les couvertures avec 2 doudous en extra et Fluffy en guise de chauferette. Enfin ce chien sert à quelque chose haha. Pendant ce temps, Marc-André fait des petits travaux quotidiens sur le bateau et fait ensuite du Netflix. Aujourd’hui, on n’a pas trop le moral. Demain ça va aller mieux.

14 novembre. On part de Coinjock de bon matin en direction d’Alligator river, qui porte bien son nom malgré qu’on en ait pas vu. Le résumé de cette journée: c’est une ligne presque droite, l’eau est verte et il fait froid, il pleut et c’est humide. On regarde la météo et un genre de mini-ouragan se prépare pour toute la fin de semaine. On doit donc prévoir un ancrage sécuritaire pour s’abriter car il annonce 55-60 noeuds de vent, c’est à dire environ 100 km/h. Tu ne veux être dans le Pamlico Sound ou la Neuse River qui sont juste un peu plus au sud avec ce genre de vent. Il faut dire que c’est tout près du Cap Hatteras, ce qui est un endroit très hasardeux pour la navigation. On choisit un ancrage protégé des vagues et un plus ou moins du vent… c’est le mieux que nous trouvons, dans la Pungo River pour le lendemain. Ce soir-là avant de s’ancrer dans Alligator River, j’ai juste eu le temps de dire à ma mère que le réseau était faible car nous étions supposées nous parler ce soir-là afin qu’elle me parle des derniers préparatifs pour son voyage humanitaire au Guatemala et hop plus de réseau cellulaire.

15-16 novembre. Le 15 au matin, nous partons à l’aube et allons nous ancrer à Pungo River, au mile statutaire 127.5 (le .5 est important haha). Il fait froid, il pleut à l’extérieur et à l’intérieur du bateau, l’eau est verte/noire et il n’y a pas âme qui vive sur la ICW. On arrive à notre ancrage qui est au beau milieu de nulle part. On n’a pas eu de réseau cellulaire de tout le trajet et je me rends compte que je ne serai pas en mesure de parler à ma mère avant son départ, pour un voyage très important pour elle, car nous serons pognés ici jusqu’au moins lundi matin et elle part très tôt cette journée-là. Je capote un peu et je suis tellement déçue de la situation. Comme on ne s’est pas parlé de vive voix depuis, elle le lira ici tout comme vous. Mais je dois lâcher prise car je ne peux rien y changer. En voilier, c’est Dame Nature qui décide.

Nous prenons encore plus de soin qu’à l’habitude à nous ancrer. Nous n’avons jamais été aussi content de notre ancre surdimensionnée (Mantus de 45 livres) et de nos 225 pieds de chaîne. Cet élément du bateau est très important car cela donne une paix d’esprit lorsque nous sommes à l’ancre car cela limite les possibilités de chasser (que l’ancre se déplace car la chaîne et l’ancre sont très robustes, plus que ce que le bateau nécessite en temps normal). Marc-André a fait beaucoup de recherches afin de trouver la bonne combinaison de mouillage pour le bateau et aujourd’hui, cela est particulièrement payant.

Nous laissons 150 pieds de chaîne dans l’eau en plus de l’ancre et comme à l’habitude, nous mettons notre alarme d’ancrage, qui sonne si jamais nous sommes en dehors du périmètre permis, ce qui veut dire que le bateau chasse. En plus, nous mettons notre cadran la nuit aux heures environ afin de s’assurer que nous ne chassons pas. Notre seul moyen de communication est la VHF (radio du bateau) qui nous donne la météo et que nous pourrions appeler si quelque chose tournait mal. Comme dans le temps de la guerre… Nous sommes seuls au monde. Nous ne nous sommes jamais senti aussi seuls. Une chance qu’on était trois dans le bateau!

Le vent se lève solidement. On l’entend siffler très fort et le bateau fait des sons qu’on n’a jamais entendu. Il fait toujours froid, c’est humide, il pleut dehors et dans le bateau… vous commencez à comprendre le pattern… On porte depuis quelques jours en permanence des bas de laine (2 paires), des combines, des pantalons chauds, plusieurs couches de chandail et nos tuques. Marc-André fait du pain, on fait de la pizza, un pain au zucchini… toutes les excuses sont bonnes pour partir le four et réchauffer un peu le bateau. Comme on n’avait pas prévu cette situation, on n’a pas grand chose de téléchargé sur le Ipad alors on fait de la lecture. J’ai eu un super cadeau avant de partir, soit « 20 000 lieues sous les mers » de Jules Verne. Ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre complet en une fin de semaine. Lisez-le ça vaut la peine. Marc-André pour sa part a battu son record personnel de lecture en lisant d’un bout à l’autre « La fabuleuse histoire de Guirec et Monique », un livre sur la voile.

Rendus au dimanche, on n’est plus capable du vent, du froid, de l’humidité, du gris, de la pluie. On veut voir du soleil, des palmiers, des dauphins et surtout avoir CHAUD! On passe donc la journée à faire notre plan de match pour se rendre à Fort Lauderdale. Le premier plan de match nous y mènent pour la mi-décembre….ishhh trop long, trop froid. On recommence tout à zéro. On est au mile 127.5 et on doit se rendre au mile 1060.

Va t’on y arriver? Est-ce possible? Notre visite du 28 Décembre a Nassau devra-t-elle ce loger a l’hôtel ?? (musique thème de la série télé Batman des années 60) la suite dans le prochain épisode.

GRIS

Les hauts et les bas dans la Baie de Chesapeake

« Il existe un état normal et stable pour toute pièce d’équipement, appelé la « panne« ; et un autre état très fragile et instable, appelé « état de marche » . »

Luc Bernuy citant le Principe d’Antoine dans L’Intracoastal, le guide 4e édition

15 octobre, on se lève à l’aube afin de s’assurer de traverser la Baie du Delaware en une seule journée, car elle est réputée extrêmement traître et c’est la seule fenêtre météo acceptable pour plusieurs jours. Marc-André doit littéralement me tirer du lit. Déjà que je n’endure plus depuis un petit moment la sonnerie d’un cadran, me lever à cette heure-là dans le froid, en plus encore brûlée de la traversée dans l’Océan Atlantique de la veille pour faire une autre grosse journée de navigation dans un environnement hostile… Je suis habituellement d’un tempérament assez agréable mais tous les ingrédients étaient réunis pour une mauvaise humeur garantie! Pauvre Capitaine… My god que ça ne me tentait pas.

Après que Marc-André ait réussi à me faire habiller (en vêtements chauds et mous qui ne matchent pas nécessairement), on doit partir en dinghy pour faire faire les besoins de Fluffy à terre. Je le rappelle, il fait toujours noir et froid. J’ai toujours ma baboune. Le bonheur. Lorsque nous revenons à notre ancrage, presque tous les bateaux sont partis car nous avons à peu près tous le même programme pour la journée.

On ne prend pas de chance cette fois-ci et on prend préventivement des médicaments contre le mal de mer, car on dirait que nous n’avons pas tout à fait autant le pied marin qu’à l’habitude. On lève l’ancre rapidement et on part. Lorsque nous sortons de Cape May, le Capitaine me demande de tracer une route afin de couper l’entrée de la Baie par les haut-fonds au lieu d’aller passer par le chenal balisé. Cette route nous permet d’économiser environ 2 heures de navigation alors une fois cela expliqué, je m’empresse de tracer une route une fois que je me suis assurée qu’il y a assez d’eau.

La navigation commence assez bien, on voit même des dauphins qui viennent nous dire bonjour tout près du bateau. Par la suite ça devient un peu plus sportif, nous avons environ 4-5 pieds de vagues courtes qui passe par-dessus le devant du bateau. Fluffy se fait même arroser le toupet par une grosse vague et elle a eu l’air tellement insultée que j’en ris encore. Marc-André est à la barre et moi je m’endors malgré le fait que ça brasse, car je suis absolument non fonctionnelle. Je me fais même niaiser par le Capitaine.

Des dauphins!

Marc-André doit éviter ses premiers « Crab pot », soit des paniers pour la pêche au crabe et que l’on voit souvent à la dernière minute. Sinon, la navigation voile-moteur afin d’aller le plus vite possible est vraiment agréable, on fait même du 8,5 kn, ce que Air Cool n’avait encore jamais atteint. Une vraie fusée. Ok ça équivaut environ 15 km/h mais pour nous en voilier c’est vraiment rapide surtout, pour le plan que nous avons cette journée-là. On voit pendant super longtemps une centrale nucléaire, clairement celle des Simpsons.

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Centrale nucléaire de Springfield dans les Simpsons

On arrive au bout de la Baie vers 15h30 et on rush notre vie jusqu’à un ancrage protégé, que nous avions repéré pour la nuit que nous espérions déjà réparatrice, soit Chesapeake City dans le C & D Canal qui permet ensuite d’entrer dans la Baie de Chesapeake.

En arrivant à notre mouillage, ce dont on se doutait s’est avéré, à savoir qu’on était une gang à avoir la même idée pour le mouillage de ce soir, car il n’y a pas beaucoup d’options disponibles sur cette route. On repère un trou dans la petite baie mais un peu trop proche pour notre confort de plusieurs autres bateaux. On se dit que les bateaux se mettront tous face au vent donc tourneront dans la même direction s’il y a lieu, car en ce moment c’est très calme et la météo ne prévoit rien de majeur. Il est rendu tard, il fera nuit dans quelques minutes.

Peu après avoir fermé le moteur, une dame qui a un voilier de genre 60 pieds ancré en plein milieu de la petite baie ou nous étions nous avise ainsi qu’un voilier ami, que le courant de marée ici est très fort donc que celui-ci fait tourner les bateau dans n’importe quel sens et que la nuit dernière elle avait presque touché le bateau voisin. Notre voilier ami était entre les deux… alors il n’a pas eu trop le choix et il s’est déplacé. Elle nous a conseillé de faire de même mais on en avait notre claque et on s’est dit qu’on allait veiller (on n’inclut pas la personne qui écrit, elle était déjà en pyjama prête à se coucher).

Encore un petit peu de technique très simplifiée, lorsqu’il y a du courant, normalement celui-ci domine le vent. Ce qui est un peu embêtant avec cette situation, c’est que tous les bateaux ne virent pas en même temps. Tu peux donc te retrouver face à face ou face-coté, etc…. Le Capitaine a donc mis son cadran cette nuit-là environ à tous les 15 minutes afin de s’assurer que tout était correct. Après une autre nuit mouvementée, on voulait partir dès 8h de cet ancrage infernal mais il y a trop de brouillard. Certains bateaux s’essaient mais rebroussent chemin afin de revenir dans la petite baie car ils n’y voient rien. On entend à la radio que le Canal est fermé à la navigation.

Vers 9h30, on décolle pour notre prochaine étape, soit pour aller en direction de Georgetown Yacht Basin à une boule d’ancrage afin de s’abriter des forts vents (ben oui encore…) prévus pour plusieurs jours. On pourra se remettre de nos émotions des derniers 48 heures et se reposer car on en a bien besoin. On navigue dans l’humidité et sous une pluie battante, tout en évitant des « crab pot ». Fluffy embaume tout le bateau de sa senteur. En plus, elle est fatiguée elle aussi.

Vers 15h, on arrive à Georgetown Yacht Basin, on agrippe avec succès la boule d’ancrage et Marc-André s’effondre pour une sieste. On y passe quelques jours confortables avec nos amis Louise et Pierre de Point Final!. Bonne bouffe, bon vin et surtout bonne compagnie.

21 octobre, fête de ma soeur, autre événement pour lequel on est pas présents… On quitte Georgetown pour Annapolis, capitale de la voile de l’est des États-Unis. Nous y passons quelques jours très agréables. Il y a des bons restos, de l’action et des superbes bateaux. Ça fait du bien. Nous dormons à côté de l’Académie navale et le matin dès 8h l’hymne national américain joue lorsque nous prenons notre café. Pas de doute, nous sommes loin de chez nous. Nous avons même croisé par hasard un couple qui nous a beaucoup inspiré pour se lancer dans notre aventure et dont on fait référence dans notre premier article de blog, soit La Vagabonde https://www.youtube.com/channel/UCZdQjaSoLjIzFnWsDQOv4ww .

Ils déjeunaient juste derrière nous! Le Capitaine était bien fier de sa photo.

25 octobre, nous devons quitter Annapolis car nous avons rendez-vous pour faire réparer notre ?&%?%?&$%& de radar en priorité lundi le 28 octobre. Marc-André a trouvé de peine et de misère une entreprise certifiée par la compagnie Simrad qui est le manufacturier du radar et celle-ci se trouve à Cambridge (mid-Shore Electronics), donc sur le côté est de la Chesapeake.

Nous avons une navigation agréable, toujours parsemée de « Crab pot » pour nous garder alertes. On commence à être un peu stressés par l’arrivée au quai. Ici les quais n’ont pas de taquets comme nous sommes habitués plus au Nord, ce sont plutôt des poteaux de bois sur lesquels tu attaches tes amarres, tout en prévoyant que tu dois laisser assez de « lousse » pour les marées montantes et descendantes.

Également, nous devons faire lever notre premier pont, ce qui est encore du nouveau. Finalement, nous arrivons et nous faisons lever le pont. La « marina » ou on doit faire réparer le radar se trouve tout de suite après et ho surprise, le gérant nous fait signe de nous accoster à côté d’un gigantesque catamaran, car c’est le seul emplacement disponible. Hé boy. L’espace est restreint et nous avons toujours à l’esprit notre mésaventure de Croton-Ville. Par contre, l’équipe au complet est sur le quai pour nous aider et ils vont même sur le catamaran pour être certains que tout se passe bien. Le Capitaine, qui a des nerfs d’acier comme à l’habitude s’accoste par derrière, à noter que nous n’avons pas de propulseur d’étrave (c’est une hélice à l’avant du bateau qui permet de le déplacer de gauche à droite donc ça facilite les mouvements) alors c’est pas super évident à manœuvrer, mais tout se passe bien. Je me permets de dire que je suis impressionnée. Voyez par vous-même.

Si vous regardez bien vous me voyez toucher au Catamaran voisin

Une fois accosté, on décide de partir à l’aventure avec Fluffy afin de se dégourdir les pattes et les jambes et d’aller au Marché local pour le souper car je fais une fixation sur un spaghetti et on n’a pas de pâtes longues en stock.

Toute une expérience. Tout d’abord il faut savoir que le Maryland est un ancien état esclavagiste et ça se sent encore. Les blancs et les afro-américains ne se mélangent pas beaucoup et ils semble y avoir des rues désignées pour chacun, ou tu ne t’aventures pas nécessairement si tu n’as pas besoin. Information que nous n’avions pas. Google map nous fait passer par certaines rues ou nous ne sommes clairement pas les bienvenus. Il est évident que le chien ne provient pas du quartier et nous non plus. Juste devant le Cimetière, un homme nous a même fait volontairement sursauter en nous criant un gros « Bouh ». J’ai failli faire une crise cardiaque.

Au Marché local, qui est un genre de gros dépanneur moyennement propre avec des gros bocaux de pieds de porc marinés et plein d’autres trucs qu’on n’est pas trop habitués de voir, je trouve des pâtes longues mais quand je demande à la caissière ou sont les « french baguette » (pour accompagner mon spag), elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre et me dit:  » non mais j’ai des pains à hot-dog… »OK. Faut que je me mette à niveau haha, je devrai faire mon deuil de « french baguette » pour quelque temps.

Vu qu’on est à quai, on en profite ça fera du bien pour quelques jours. On peut débarquer du bateau à volonté et on encourage l’économie locale et ses restos. Les fruits de mer sont à l’honneur et nous trouvons même une petite microbrasserie super sympathique ou ils brassent de l’excellente bière.

D’ailleurs ils nous reconnaissent maintenant à ladite Brasserie, le barman Cardi est devenu notre ami et demande des nouvelles de l’avancement de la réparation. Parce qu’on a vraiment des délais dans la réparation de notre radar. C’est le dôme du radar (la boite qui est au mât) qui est défectueux et il n’est toujours pas arrivé en date de ce jour. Il devrait arriver demain 6 novembre donc si tout va bien on espère partir d’ici la fin de la semaine. On aura donc passé 2 semaines à Cambridge, une chance qu’on est partis tôt du Québec. Le froid commence à nous rattraper. On a recommencé à dormir avec nos tuques/hoodies et on vérifie pendant la nuit que le chien est toujours abrillé avec sa couverture question qu’elle ne meure pas de froid pendant la nuit haha. Surtout, on voit tous nos voiliers amis et les gens du Québec qui sont partis avant et après nous qui sont maintenant beaucoup plus au Sud, mais on garde le moral.

Pendant ce temps, on fait les touristes, j’ai même convaincu Marc-André de faire une visite des sites historiques de Cambridge à la marche. Ce qui consiste en gros à regarder des sites historiques qui semblent tous plus hantés les uns que les autres en plus d’un cimetière. Pis il était content. C’est pour vous dire qu’on est vraiment dus pour partir.

Et pour rester dans le thème, question d’avoir vraiment peur pour l’Halloween, on a eu droit à une alerte de tornade (une autre première). Ça a définitivement été le plus épeurant Halloween de notre vie… On a enlevé toutes les toiles du bateau, on a doublé les amarres, on s’est mis un film d’horreur, on s’est commandé une pizza et on a prié.

Finalement nous n’avons eu que des très gros vents et une très mauvaise nuit de sommeil. Que d’aventures…

Le passage dans l’Atlantique Nord ou La Nuit ou j’ai gagné mes galons de capitaine

« When the light begins to change

I sometimes feel a little strange

A little anxious when it’s dark

Fear of the dark

Fear of the dark

I have a constant fear that something’s always near »

Fear of the dark de Iron Maiden

13 octobre, enfin la fenêtre météo que nous attendons depuis maintenant 8 jours pour faire notre passage dans l’Atlantique Nord de Sandy Hook jusqu’à Cape May, s’est confirmée. Pas une fenêtre idéale car il annonce un peu de vent (5 à 10 kn max et principalement du sud) mais une mer relativement calme (3 à 5 pieds de vagues) malgré la fin de la tempête Melissa au large et en prime la pleine lune, alors on s’est lancé. On se dit qu’on fera une traversée voile-moteur et ça nous va très bien.

La veille du départ, plusieurs bateaux dont plusieurs québécois sont venus attendre à l’ancre à Sandy Hook car tout le monde attend avec impatience des conditions clémentes afin de descendre plus au sud. Nous sommes environ une vingtaine de bateaux à attendre et on peut sentir de l’excitation dans l’air car pour la plupart, c’est un premier passage en mer et en plus dans l’Océan Atlantique Nord. Dans tous les livres et les guides qui parlent de ce voyage, ce passage est déterminant car si tu survis haha, tout l’équipage est super fier de cette réalisation.

Petite parenthèse, le 13 octobre est aussi le 60e anniversaire de mon papa cette année. Heureusement, nous avons fait un Facetime avec toute la famille la veille afin de lui souhaiter bonne fête et lui donner son cadeau familial dont il rêve et dont il nous parle depuis genre 20 ans, soit un billet pour le Super Bowl à Miami en février 2020. Il était tellement content, je regrette de n’avoir pas pu voir sa réaction en personne mais faire une aventure telle que la nôtre implique que nous ne pouvons malheureusement vivre ce genre de moment avec nos familles et amis.

Revenons à notre traversée, vu que nous avons calculé que le trajet Sandy Hook à Cape May nous prendra de 20 à 24 heures dépendamment des conditions, notre plan était de quitter notre ancrage entre 11h et midi le 13 octobre afin d’arriver le matin du 14 octobre de clarté à Cape May. Une des règles d’or en bateau, c’est que tu n’arrives jamais de nuit dans un endroit que tu ne connais pas alors il faut vraiment bien planifier, calculer la distance et connaitre la vitesse de ton bateau.

Vers 11h30 on se lance. Il y a de la houle lors du départ car beaucoup de gros bateaux moteur se promènent dans la baie et nous font des belles vagues. On dépasse la pointe de Sandy Hook et bien oui, nous voilà dans l’Océan Atlantique Nord. Marc-André à même aperçu un dauphin.

Je commence à avoir les genoux un peu mous car je trouve que les vagues sont un peu plus grosses et longues que je m’attendais. Je commence à avoir un vague mal de coeur juste après nous avoir fait des grilled cheese pour dîner. Ça commence vraiment bien… Je me prends une gravol et je regrette déjà de ne pas avoir pris avant de partir ce matin, le médicament contre le mal de mer que notre médecin nous a prescrit (il faut le prendre AVANT d’avoir le mal de mer). Nous nous sommes dit que ça ne serait pas nécessaire vu que la navigation serait relativement calme. Après tout, des vagues de 3-4 pieds au Lac Champlain on l’a déjà vécu souvent…

Quelque temps après ça va mieux. Capitaine Marc-André est bien relax. Je me calme un peu mais je trouve que la mer est toujours grosse. Nous avons décidé d’aller plus au large (environ 4-5 miles nautiques des cotes) car il y a beaucoup moins de trafic maritime et d’obstacles à la navigation (bouées, secteurs de pêches, haut-fonds etc…). Donc comme ce passage implique que nous devrons naviguer toute la nuit et qu’en plus notre radar ne fonctionne toujours pas, on préfère être plus loin des cotes. Familles et amis rassurez-vous on voit toujours la terre. De toute façon vu que c’est la pleine lune cette nuit ce sera presque comme naviguer en plein jour.

On écoute de la musique et des podcast et l’après-midi se termine. Le soleil se couche mais on ne le voit pas car c’est de plus en plus nuageux, ce qui augure mal pour Madame Lune et notre super belle navigation de nuit sous la pleine lune. Malgré tout, le paysage est d’une beauté majestueuse, quelle expérience nous vivons.

Par contre, dès que le soleil se couche, on dirait que les vagues grossissent de plus en plus et comme elles viennent de l’est, elles tapent directement sur le côté du bateau vu que nous allons vers le sud, faisant osciller de droite à gauche le bateau.

Le Capitaine descend faire le souper vers 19h. Les dernière lueurs du jour se dissipent tranquillement et il commence à faire noir. Madame Lune est cachée derrière les nuages. Le vent se lève et les vagues grossissent. On se prend des gravols parce que le mouvement du bateau commence à faire son effet. Bonjour mal de mer!

Après cela, le vent forcit et nous avons de la pluie en prime. La mer est de plus en plus grosse et vu qu’il fait tellement noir, nous n’arrivons pas à analyser d’ou les vagues viennent afin de corriger notre trajectoire car maintenant elles semblent venir de partout. On suivait à environ 5 miles nautiques de nous une barge qui nous montrait le chemin et nous assurait qu’aucun autre gros navire croiserait notre route, mais là on doit se dérouter et essayer d’aller un peu plus au large en trajectoire sud-est, pour avoir les vagues de côté-face. C’est pas mieux. On essaie vers le sud-ouest, toujours pas mieux.

Le Capitaine commence à avoir la face du petit gars dans le film Le sixième sens et il est blanc comme un drap.

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I see dead people-le petit gars du film

Les déferlantes commencent à passer par-dessus l’avant du Air Cool et le bateau tape durement dans les vagues. C’est de moins en moins le fun. Pis il est juste 11 heures pm, je calcule donc qu’il nous reste encore 7-8 heures de noirceur dans ces conditions. On se texte avec Louise et Pierre de Point Final!, eux aussi ça brasse en masse et ils ont hâte d’arriver tout comme nous. On voit les lumières rouges d’Atlantic City au loin et quelques lumières de navigation des autres bateaux que l’on croise.

Les lumières intenses d’Atlantic City vue du large vers 2h du matin (ma seule photo de nuit)

À noter que nous sommes invisibles pour les autres bateaux à part pour nos lumières de navigation. Notre fichu radar qui ne fonctionne pas en plus et qui nous permettrait de voir les obstacles… Nous aurions payé cher à ce moment-là pour qu’il fonctionne correctement… Mais c’était impossible de trouver un expert certifié ou nous étions. Nous sommes donc hyper vigilants, nous regardons systématiquement nos deux systèmes de navigation et repérage.

Marc-André semble se sentir de moins en moins bien et ça m’inquiète. Il a vraiment beaucoup beaucoup le mal de mer. Je lui propose alors d’essayer de dormir un peu dans le cockpit pour qu’il se sente mieux. Il est deux heures du matin. Je sais qu’il n’a pas essayé cette solution avant parce qu’il ne voulait pas me laisser barrer seule dans ces conditions, moi qui est beaucoup moins à l’aise que lui même en conditions parfaites. Mais là on n’a plus le choix.

Donc, deux heures du matin, il fait noir….. mais tellement noir…. Je m’attache au bateau car M-A s’endort. Il me semble que les vagues sont de plus en plus grosses et qu’elles déferlent toujours plus sur le bateau. Le bateau cogne toujours dans la vague. Fluffy dort avec son papa mais lève constamment la tête quand elle sent qu’une vague cogne plus fort sur le bateau. Le vent faiblit soudainement et je dois ajuster la bôme de la grand voile. Je regarde les deux systèmes de navigation aux 2 minutes. Heureusement que Serge, petit nom de notre pilote automatique barre comme un chef.

Il pleut. Il fait Noir. Il fait Nuit. Il y a des Grosses Vagues. Marc-André est K.O. Seule pour conduire le bateau. Pas les conditions gagnantes…

J’ai un peu peur et je n’ai pas assez confiance en mes capacités. Ce moment est arrivé trop vite dans ma carrière de navigatrice mais là j’y suis. Je me suis parlé beaucoup intérieurement jusqu’à ce que je me calme. Ça va bien aller. J’ai écouté de la musique à tue-tête et j’ai barré jusqu’à 6 heures du matin soit tout près de Cape May. Madame Lune est sortie de ses nuages pour nous dire bonjour vers 6h30, mais rendu là c’était trop tard. Le soleil se lève tranquillement et on croise des bateaux de pêche. Marc-André reprend la barre car on approche de l’entrée de Cape May, je commence à être fatiguée, je cogne des clous et c’est périlleux d’entrer dans le « inlet ».

Dans le « inlet », ça fait comme un entonnoir entre la mer et le port et les vagues sont grosses et non régulières mais le Capitaine négocie l’entrée comme un chef et nous nous ancrons à côté de notre voilier ami Point Final!.

Dès qu’on met l’ancre, on s’effondre littéralement dans le lit, Fluffy inclus. Je pensais bien dormir mais je suis encore sous le coup de l’adrénaline alors mes yeux ne ferment pas. Mon corps se sent encore comme si on était en mer, c’est beaucoup trop tranquille à l’ancre… Je me lève et je vais mettre de l’ordre dans le bateau qui après ce passage en mer, a besoin d’un ménage et un nettoyage en règle afin d’être habitable de nouveau.

La journée finit par un bon souper de fruits de mer au Lobster House à Cape May, tout près de notre ancrage, avec nos amis de Point Final! ou l’on échange sur le passage en mer et nos expériences mutuelles. Tous les équipages ayant pris la mer cette nuit-là en ont eu pour leur argent…. même les plus expérimentés. Notre ami Pierre dit que dès qu’ils ont fermé la lumière…. (que le soleil s’est couché)…. on s’est vraiment fait brasser. Si tu ne l’as pas vécu c’est assez difficile à décrire.

Malgré tout, une fois cela passé, nous sommes très fiers tous les quatre d’avoir réussi ce passage et nous sommes dorénavant des « Salty sailors » car nous sommes maintenant des marins d’expérience qui ont fait un passage important en mer 😉 .

Hé oui, l’eau est maintenant salée et nous pouvons déjà sentir le changement de température et d’humidité vu que nous sommes plus au sud (mais vivement la Floride). Nous voulions visiter Cape May et faire un arrêt bien mérité pour quelques jours mais en consultant la météo ce soir-là, ça nous confirme que le lendemain est la seule journée possible afin de traverser la hasardeuse baie du Delaware car de forts vents sont annoncés pour le reste de la semaine….

Nous aurions bien pris une ou deux journées relax afin de se remettre du passage dans l’Atlantique Nord mais ça ne sera pas possible, alors dès le lendemain matin on lève l’ancre afin de vivre de nouvelles aventures dans la Baie du Delaware et le C & D Canal!

Souvenir d’un coucher de soleil dans l’Atlantique Nord

Manhattan et une explosion à Sandy Hook

On aperçoit Manhattan au loin

Belle journée ensoleillée, direction Manhattan, nous avons environ 30 miles nautiques à faire en partant de Croton-Ville (soit environ 6 heures de navigation).  Environ 1 heure après le départ, le Capitaine me demande si j’ai fermé l’interrupteur de navigation.  Moi de le regarder avec des points d’interrogations dans les yeux car bien sûr je n’aurais pas fermé l’interrupteur des instruments de navigation puisque justement nous sommes en navigation.

Le Capitaine me demande d’aller voir à l’intérieur du bateau, pour me rendre compte à ce moment que plus rien ne fonctionne dans le panneau électrique, ce que je lui fais part un peu paniquée.  Au moins le gouvernail fonctionne…  Mais c’est à peu près la seule chose qui fonctionne dans le bateau.  Je prends la barre et Marc-André descend voir dans le bateau qu’est-ce qui cause encore un problème.

Après quelques minutes de tergiversations (c’est-à-dire gosser dans le panneau électrique sans aucun résultat), Marc-André ouvre la porte de la chambre dans laquelle se trouve les interrupteurs de batterie et incidemment ce qui amène le courant au panneau électrique.  En plus des interrupteurs de panneau électrique, Fluffy se trouve également dans la chambre.  On essaie toujours de comprendre à ce jour de quelle façon elle a pu fermer les interrupteurs mais croyez-le ou non elle y est arrivée…

Une fois ce petit moment de rush d’adrénaline passée, nous avons fait une super belle navigation et lorsque nous avons pu apercevoir Manhattan au loin, nous avons eu un moment d’émotion et nous nous sommes dit « wow on fait vraiment ça en ce moment et on va arriver par la Hudson à Manhattan avec notre voilier!! ».  Le feeling est vraiment merveilleux et difficile à décrire.

Nous nous approchons tranquillement de New York et soudainement, nous entendons un gros bruit au-dessus de nos têtes.  Quatre jets supersoniques étaient venus nous souhaiter la bienvenue à Manhattan.  C’était vraiment impressionnant.

Nous arrivons à la marina de la 79th Street à Manhattan, ou le plan est de se prendre une boule d’ancrage (mooring) afin de visiter New York pour quelques jours.  Nous débarquons du bateau et allons sur la rue Amsterdam dans le Upper West Side ou est située la marina afin de s’imprégner un peu de l’ambiance de New York et essayer de se trouver un restaurant qui accepte les chiens en terrasse (mais nous ne sommes pas trop optimistes sur ce point).  Nous venons d’arriver à cette boule d’ancrage et nous ne connaissons pas le secteur.  De plus, les courants sont importants à cet endroit et il annonce de forts vents alors nous ne sommes pas confortables de laisser Fluffy toute seule dans le bateau.  C’est un défi que l’on aura tout au long du voyage.

On voit, devinez quoi? Au Crave Fish bar, des huitres à 1$ pour le 5 à 7, en plus de la bouteille de mousseux en spécial à 30$.  En plus ils acceptent les chiens en terrasse!  C’était super bon mais il a commencé à pleuvoir vers 7h, nous étions abrités sous une marquise mais pas Fluffy…Alors on a eu pitié de notre paquet de poil à quatre pattes et nous sommes allés chercher une pizza chez  Made in New York Pizza, qui était très bonne et que nous avons mangé sur le Air Cool.  Pour les navigateurs qui nous lisent et qui pensent faire ce voyage avec leur compagnon à quatre pattes, sachez que dans le Upper West Side, les chiens sont acceptés sur pratiquement toutes les terrasses.

Lorsque nous nous couchons cette nuit-là, on se doute pour l’avoir lu à plusieurs reprises que ce mouillage peut être « rowly » (ou roulant en français).  Vers minuit le vent s’est levé.  Nous entendons ensuite rapidement la vaisselle se promener dans les armoires et tout ce qui n’était pas fixé roule sur le plancher du Air Cool.  Joie.

Petit détail technique pour ceux que ça intéresse, un voilier se positionne toujours nez au vent ce qui occasionne un mouvement de balancier avant-arrière qui n’est pas inconfortable.  Mais lorsque le courant égalise les forts vents contraires à la direction du courant, tu te retrouves de côté dans la vague avec un mouvement de gauche à droite (tsé celui qui occasionne le mal de mer).  Nous devons nous tenir après les comptoirs et les murs si on veut rester debout pour être en mesure d’aller chercher les biscuits soda et les gravols nécessaires à la survie de cette nuit-là.

Le lendemain matin on se réveille…. pas super frais de notre nuit…  Il annonce des vents relativement faibles et de la pluie alors on décide d’aller visiter le Musée d’histoire naturelle de New York que nous voulions voir depuis longtemps (sans Fluffy bien sûr).  Ce musée est vraiment impressionnant et nous avons adoré.  C’est beaucoup d’informations pour la demi-journée que nous avions pour visiter mais c’était très intéressant.  Les squelettes de dinosaures sont particulièrement un incontournable.  Par la suite, puisqu’on a congé de chien, nous décidons d’aller manger des sushis chez Haru dans le Upper West Side. Nous nous couchons ce soir-là et nous dormons comme des bébés.

Le vendredi 4 octobre, nous allons marcher à Central Park avec Fluffy car j’avais tellement hâte de faire cette activité et je harcelais Marc-André avec cela depuis longtemps, ça n’était donc pas optionnel!  C’était là ou jamais, car nous avions convenu de partir le lendemain pour Sandy Hook au New Jersey vu qu’une fenêtre météo se de dessinait pour le mardi suivant afin de faire notre passage en mer de 22h vers Cape May.  Merveilleuse journée d’automne à Manhattan, on en a profité au maximum. 

L’après-midi, nous nous arrêtons sur une terrasse afin de relaxer un peu.  Comme nous étions dans le Upper West Side et que nous étions hors des sentiers touristiques, nous avons pu constater à la sortie des classes que pratiquement tous les enfants en majorité blancs étaient accompagnés de leur nounou.  Les parents, dans le Upper West Side en tout cas, on donc souvent une nounou pour les aider avec leurs enfants, ce qui en fait une réalité bien différente de la nôtre au Québec.  Nous arrêtons ensuite à l’épicerie fine Citarella afin d’acheter des bagels (puisque nous étions à NY j’avais une fixation là-dessus) et des ingrédients afin de faire des pâtes au bateau pour le souper, avec baguette de pain frais en prime et un beau coucher de soleil sur Manhattan. 

Comme il annonçait des forts vents pour cette nuit-là, on était prêts mentalement.  Une chance car on a passé une nuit encore pire que la première.  Mais là, nous étions prêts, tout était fixé dans le bateau et les biscuits soda et les gravols étaient proches de nous.  J’ai même mangé mon fameux bagel le lendemain matin.  Je pense que c’est Fluffy qui a passé la pire nuit haha.

Fluffy en lendemain de veille

Comme nous sommes tannés de nous faire brasser, nous sommes presque contents de partir de Manhattan pour Sandy Hook ce matin-là.  Il y a beaucoup de trafic maritime en ce samedi matin dans la Hudson.  Il y a des barges, des bateaux de croisières, des bateaux et navettes pour touristes, des voiliers et des gros bateaux moteurs… qui nous font tous une belle vague que le Capitaine doit prendre en compte dans sa navigation.  Nous passons devant la Statue de la Liberté mais impossible de trop s’approcher pour aller prendre des photos comme nous voulions le faire car le trafic vis-à-vis la Statue est beaucoup trop intense.  Mais sinon, sortir de Manhattan en voilier était vraiment impressionnant et on va s’en rappeler longtemps.  Quel privilège on a de vivre cela malgré les petites aventures de notre quotidien!

Comme nous nous dirigeons vers Sandy Hook, nous croisons des gros porte-conteneurs, car nous passons tout près des routes de la marine marchande qui vont vers New York.  On aperçoit même Adrien porte conteneur de Maesk qui est un des plus gros paquebot au monde…. Très gros.  Plus on avance vers Sandy Hook, on a comme un petit feeling de navigation en Océan, puisqu’on est tout près de l’Océan Atlantique Nord.  L’eau commence à être assez salée.  Aussi, un sentiment de liberté nous habite.

Après environ 5 heures de navigation, nous mettons l’ancre dans la Baie de Sandy Hook à côté de nos amis Louise et Pierre de Point Final! qui nous ont devancé de quelques jours.

Nos amis Louise et Pierre sur Point final! à l’ancre à Sandy Hook au lever de la lune

Le lendemain matin en nous levant, lorsque nous avons regardé la météo à venir (en voilier, tu regardes la météo au moins 2 fois par jour et une fois par quatre heures dans mon cas), la fenêtre météo du mardi s’était refermée et était inexistante.  À la place, il annonçait du 40-45 nœuds de vent (environ 70-80 km/h) toute la semaine, ce qui pour une première navigation dans l’Océan n’était absolument pas envisageable.  Le tout du à la tempête Mélissa.

Ben oui, c’était ça Mélissa….

Les conditions idéales que nous recherchons sont entre 10-15 nœuds de vents idéalement du nord avec une composante Ouest.  Encore un peu de technique, nous aimerions des vents du Nord pour être au portant c’est-à-dire avoir le vent dans le dos car c’est plus confortable et avec une petite composante ouest car le vent vient de la terre et non de la mer qui est à l’est, ce qui ferait monter la vague.

Le Capitaine n’est pas super content car on ne s’attendait pas à passer toute la semaine à Sandy Hook, mais en bateau, on n’a pas le choix de s’adapter à la météo.  Vu qu’on a du temps devant nous, le Capitaine décide de profiter de ce petit temps mort pour faire du travail sur le Air Cool.

En effet, une tâche pas trop agréable est à faire.  Celle-ci consiste à relier le réservoir septique au passe-coque (valve qui permet le rejet direct à la mer) car beaucoup d’entre vous en seront étonnés mais vider le réservoir septique est permis à plus de 5 miles des cotes et plusieurs endroits dans le sud ne sont pas équipés pour faire la vidange du réservoir septique.  Même les bateaux de croisières font cette opération la nuit lorsque vous dormez. Nous devons donc nous y préparer.

La problématique de cette opération est que le capitaine devait relier le tuyau à connecter SOUS le réservoir septique.  Après une nuit presque blanche du Capitaine à penser à ce qui s’en venait et après une demi-journée afin de rassembler son courage, nous sommes donc aller vidanger le réservoir septique à la marina afin de le vider complètement.  Nous sommes retournés nous ancrer pour faire l’ « Opération ».  Afin de connecter le tuyau, le Capitaine devait tout d’abord enlever le tuyau SOUS le réservoir. 

Tuyau à connecter…

Après 1 heure de combat avec le bouchon qui était très collé, le Capitaine réussit à enlever ledit bouchon mais à l’intérieur se trouvait un autre genre de bouchon dont on vous laisse imaginer la nature et l’explosion arriva….

Shaaflaaaaaaaaaac………….. au minimum environ 10 litres de ce que vous vous imaginez se déverse.  Par chance, le Capitaine avait mis un sac de vidange et une chaudière dessous mais cela n’a malheureusement pas tout à fait suffit et une certaine quantité de vous savez quoi s’est retrouvée dans les cales du bateau. . .Familles et amis qui sont venus nous visiter sur le bateau, le Capitaine a pu constater que vous étiez encore beaucoup plus près de nous que vous ne le pensiez et nous aussi.  Ce que nous avons appris avec cette aventure, c’est que la vidange d’un réservoir septique ne se fait jamais complètement.  Un nettoyage en règle du bateau et des cales a suivi.

À part cette petite aventure, la semaine se déroule tranquillement. Au menu de la semaine: cuisine, lecture, relaxation, Netflix et surtout préparation mentale pour la traversée en mer à venir vers Cape May.

Coucher de soleil sur Sandy Hook