Manhattan et une explosion à Sandy Hook

On aperçoit Manhattan au loin

Belle journée ensoleillée, direction Manhattan, nous avons environ 30 miles nautiques à faire en partant de Croton-Ville (soit environ 6 heures de navigation).  Environ 1 heure après le départ, le Capitaine me demande si j’ai fermé l’interrupteur de navigation.  Moi de le regarder avec des points d’interrogations dans les yeux car bien sûr je n’aurais pas fermé l’interrupteur des instruments de navigation puisque justement nous sommes en navigation.

Le Capitaine me demande d’aller voir à l’intérieur du bateau, pour me rendre compte à ce moment que plus rien ne fonctionne dans le panneau électrique, ce que je lui fais part un peu paniquée.  Au moins le gouvernail fonctionne…  Mais c’est à peu près la seule chose qui fonctionne dans le bateau.  Je prends la barre et Marc-André descend voir dans le bateau qu’est-ce qui cause encore un problème.

Après quelques minutes de tergiversations (c’est-à-dire gosser dans le panneau électrique sans aucun résultat), Marc-André ouvre la porte de la chambre dans laquelle se trouve les interrupteurs de batterie et incidemment ce qui amène le courant au panneau électrique.  En plus des interrupteurs de panneau électrique, Fluffy se trouve également dans la chambre.  On essaie toujours de comprendre à ce jour de quelle façon elle a pu fermer les interrupteurs mais croyez-le ou non elle y est arrivée…

Une fois ce petit moment de rush d’adrénaline passée, nous avons fait une super belle navigation et lorsque nous avons pu apercevoir Manhattan au loin, nous avons eu un moment d’émotion et nous nous sommes dit « wow on fait vraiment ça en ce moment et on va arriver par la Hudson à Manhattan avec notre voilier!! ».  Le feeling est vraiment merveilleux et difficile à décrire.

Nous nous approchons tranquillement de New York et soudainement, nous entendons un gros bruit au-dessus de nos têtes.  Quatre jets supersoniques étaient venus nous souhaiter la bienvenue à Manhattan.  C’était vraiment impressionnant.

Nous arrivons à la marina de la 79th Street à Manhattan, ou le plan est de se prendre une boule d’ancrage (mooring) afin de visiter New York pour quelques jours.  Nous débarquons du bateau et allons sur la rue Amsterdam dans le Upper West Side ou est située la marina afin de s’imprégner un peu de l’ambiance de New York et essayer de se trouver un restaurant qui accepte les chiens en terrasse (mais nous ne sommes pas trop optimistes sur ce point).  Nous venons d’arriver à cette boule d’ancrage et nous ne connaissons pas le secteur.  De plus, les courants sont importants à cet endroit et il annonce de forts vents alors nous ne sommes pas confortables de laisser Fluffy toute seule dans le bateau.  C’est un défi que l’on aura tout au long du voyage.

On voit, devinez quoi? Au Crave Fish bar, des huitres à 1$ pour le 5 à 7, en plus de la bouteille de mousseux en spécial à 30$.  En plus ils acceptent les chiens en terrasse!  C’était super bon mais il a commencé à pleuvoir vers 7h, nous étions abrités sous une marquise mais pas Fluffy…Alors on a eu pitié de notre paquet de poil à quatre pattes et nous sommes allés chercher une pizza chez  Made in New York Pizza, qui était très bonne et que nous avons mangé sur le Air Cool.  Pour les navigateurs qui nous lisent et qui pensent faire ce voyage avec leur compagnon à quatre pattes, sachez que dans le Upper West Side, les chiens sont acceptés sur pratiquement toutes les terrasses.

Lorsque nous nous couchons cette nuit-là, on se doute pour l’avoir lu à plusieurs reprises que ce mouillage peut être « rowly » (ou roulant en français).  Vers minuit le vent s’est levé.  Nous entendons ensuite rapidement la vaisselle se promener dans les armoires et tout ce qui n’était pas fixé roule sur le plancher du Air Cool.  Joie.

Petit détail technique pour ceux que ça intéresse, un voilier se positionne toujours nez au vent ce qui occasionne un mouvement de balancier avant-arrière qui n’est pas inconfortable.  Mais lorsque le courant égalise les forts vents contraires à la direction du courant, tu te retrouves de côté dans la vague avec un mouvement de gauche à droite (tsé celui qui occasionne le mal de mer).  Nous devons nous tenir après les comptoirs et les murs si on veut rester debout pour être en mesure d’aller chercher les biscuits soda et les gravols nécessaires à la survie de cette nuit-là.

Le lendemain matin on se réveille…. pas super frais de notre nuit…  Il annonce des vents relativement faibles et de la pluie alors on décide d’aller visiter le Musée d’histoire naturelle de New York que nous voulions voir depuis longtemps (sans Fluffy bien sûr).  Ce musée est vraiment impressionnant et nous avons adoré.  C’est beaucoup d’informations pour la demi-journée que nous avions pour visiter mais c’était très intéressant.  Les squelettes de dinosaures sont particulièrement un incontournable.  Par la suite, puisqu’on a congé de chien, nous décidons d’aller manger des sushis chez Haru dans le Upper West Side. Nous nous couchons ce soir-là et nous dormons comme des bébés.

Le vendredi 4 octobre, nous allons marcher à Central Park avec Fluffy car j’avais tellement hâte de faire cette activité et je harcelais Marc-André avec cela depuis longtemps, ça n’était donc pas optionnel!  C’était là ou jamais, car nous avions convenu de partir le lendemain pour Sandy Hook au New Jersey vu qu’une fenêtre météo se de dessinait pour le mardi suivant afin de faire notre passage en mer de 22h vers Cape May.  Merveilleuse journée d’automne à Manhattan, on en a profité au maximum. 

L’après-midi, nous nous arrêtons sur une terrasse afin de relaxer un peu.  Comme nous étions dans le Upper West Side et que nous étions hors des sentiers touristiques, nous avons pu constater à la sortie des classes que pratiquement tous les enfants en majorité blancs étaient accompagnés de leur nounou.  Les parents, dans le Upper West Side en tout cas, on donc souvent une nounou pour les aider avec leurs enfants, ce qui en fait une réalité bien différente de la nôtre au Québec.  Nous arrêtons ensuite à l’épicerie fine Citarella afin d’acheter des bagels (puisque nous étions à NY j’avais une fixation là-dessus) et des ingrédients afin de faire des pâtes au bateau pour le souper, avec baguette de pain frais en prime et un beau coucher de soleil sur Manhattan. 

Comme il annonçait des forts vents pour cette nuit-là, on était prêts mentalement.  Une chance car on a passé une nuit encore pire que la première.  Mais là, nous étions prêts, tout était fixé dans le bateau et les biscuits soda et les gravols étaient proches de nous.  J’ai même mangé mon fameux bagel le lendemain matin.  Je pense que c’est Fluffy qui a passé la pire nuit haha.

Fluffy en lendemain de veille

Comme nous sommes tannés de nous faire brasser, nous sommes presque contents de partir de Manhattan pour Sandy Hook ce matin-là.  Il y a beaucoup de trafic maritime en ce samedi matin dans la Hudson.  Il y a des barges, des bateaux de croisières, des bateaux et navettes pour touristes, des voiliers et des gros bateaux moteurs… qui nous font tous une belle vague que le Capitaine doit prendre en compte dans sa navigation.  Nous passons devant la Statue de la Liberté mais impossible de trop s’approcher pour aller prendre des photos comme nous voulions le faire car le trafic vis-à-vis la Statue est beaucoup trop intense.  Mais sinon, sortir de Manhattan en voilier était vraiment impressionnant et on va s’en rappeler longtemps.  Quel privilège on a de vivre cela malgré les petites aventures de notre quotidien!

Comme nous nous dirigeons vers Sandy Hook, nous croisons des gros porte-conteneurs, car nous passons tout près des routes de la marine marchande qui vont vers New York.  On aperçoit même Adrien porte conteneur de Maesk qui est un des plus gros paquebot au monde…. Très gros.  Plus on avance vers Sandy Hook, on a comme un petit feeling de navigation en Océan, puisqu’on est tout près de l’Océan Atlantique Nord.  L’eau commence à être assez salée.  Aussi, un sentiment de liberté nous habite.

Après environ 5 heures de navigation, nous mettons l’ancre dans la Baie de Sandy Hook à côté de nos amis Louise et Pierre de Point Final! qui nous ont devancé de quelques jours.

Nos amis Louise et Pierre sur Point final! à l’ancre à Sandy Hook au lever de la lune

Le lendemain matin en nous levant, lorsque nous avons regardé la météo à venir (en voilier, tu regardes la météo au moins 2 fois par jour et une fois par quatre heures dans mon cas), la fenêtre météo du mardi s’était refermée et était inexistante.  À la place, il annonçait du 40-45 nœuds de vent (environ 70-80 km/h) toute la semaine, ce qui pour une première navigation dans l’Océan n’était absolument pas envisageable.  Le tout du à la tempête Mélissa.

Ben oui, c’était ça Mélissa….

Les conditions idéales que nous recherchons sont entre 10-15 nœuds de vents idéalement du nord avec une composante Ouest.  Encore un peu de technique, nous aimerions des vents du Nord pour être au portant c’est-à-dire avoir le vent dans le dos car c’est plus confortable et avec une petite composante ouest car le vent vient de la terre et non de la mer qui est à l’est, ce qui ferait monter la vague.

Le Capitaine n’est pas super content car on ne s’attendait pas à passer toute la semaine à Sandy Hook, mais en bateau, on n’a pas le choix de s’adapter à la météo.  Vu qu’on a du temps devant nous, le Capitaine décide de profiter de ce petit temps mort pour faire du travail sur le Air Cool.

En effet, une tâche pas trop agréable est à faire.  Celle-ci consiste à relier le réservoir septique au passe-coque (valve qui permet le rejet direct à la mer) car beaucoup d’entre vous en seront étonnés mais vider le réservoir septique est permis à plus de 5 miles des cotes et plusieurs endroits dans le sud ne sont pas équipés pour faire la vidange du réservoir septique.  Même les bateaux de croisières font cette opération la nuit lorsque vous dormez. Nous devons donc nous y préparer.

La problématique de cette opération est que le capitaine devait relier le tuyau à connecter SOUS le réservoir septique.  Après une nuit presque blanche du Capitaine à penser à ce qui s’en venait et après une demi-journée afin de rassembler son courage, nous sommes donc aller vidanger le réservoir septique à la marina afin de le vider complètement.  Nous sommes retournés nous ancrer pour faire l’ « Opération ».  Afin de connecter le tuyau, le Capitaine devait tout d’abord enlever le tuyau SOUS le réservoir. 

Tuyau à connecter…

Après 1 heure de combat avec le bouchon qui était très collé, le Capitaine réussit à enlever ledit bouchon mais à l’intérieur se trouvait un autre genre de bouchon dont on vous laisse imaginer la nature et l’explosion arriva….

Shaaflaaaaaaaaaac………….. au minimum environ 10 litres de ce que vous vous imaginez se déverse.  Par chance, le Capitaine avait mis un sac de vidange et une chaudière dessous mais cela n’a malheureusement pas tout à fait suffit et une certaine quantité de vous savez quoi s’est retrouvée dans les cales du bateau. . .Familles et amis qui sont venus nous visiter sur le bateau, le Capitaine a pu constater que vous étiez encore beaucoup plus près de nous que vous ne le pensiez et nous aussi.  Ce que nous avons appris avec cette aventure, c’est que la vidange d’un réservoir septique ne se fait jamais complètement.  Un nettoyage en règle du bateau et des cales a suivi.

À part cette petite aventure, la semaine se déroule tranquillement. Au menu de la semaine: cuisine, lecture, relaxation, Netflix et surtout préparation mentale pour la traversée en mer à venir vers Cape May.

Coucher de soleil sur Sandy Hook

L’autocuiseur diabolique

« Il n’y a pas de problème qui résiste indéfiniment à une absence de solution « 

Anonyme

Après une bonne nuit de sommeil à Whitehall, il nous restait encore toutes les autres écluses (11 ) à faire jusqu’à l’Écluse Fédérale de Troy et ensuite se rendre à Catskill pour remâter. Voici ce à quoi ressemble un passage dans une écluse (la #12, gracieuseté de Pierre et Louise du Voilier Point Final! qui ont filmé le chef d’oeuvre… heureusement on n’entend pas la barre de flèche grafigner)-voir texte précédent.

Notre baptême des écluses…

Notre plan pour cette journée était de dormir à Fort Edward au quai municipal, soit après l’écluse #7, donc faire 5 écluses cette journée-là, comme nous ne sommes pas trop pressés par le temps. Belle navigation tranquille et nous avons fait les écluses comme des pros haha.

Une fois arrivés à Fort Edward, nous apercevons le fameux quai municipal. Panique à bord, il est tellement haut et nous ne pouvons trop approcher du mur parce que l’on accrocherait la barre de flèche (ben oui encore elle). Le Capitaine me dit alors: ben on va improviser. Heu attends minute Capitaine, là tu veux qu’on improvise alors le plan c’est qu’on approche du mur mais pas trop pis après on verra… que je me pende ensuite à une échelle qui sera clairement trop loin du bateau pour finalement essayer d’accoster le bateau mais en faisant attention de pas trop coller le devant du bateau à cause de mon amie barre de flèche? Le tout sans tomber dans l’eau, qui a une couleur de plus en plus spéciale. Je ne pense pas Capitaine.

Sauvée par ma bonne étoile, un monsieur que l’on croit être un capitaine d’un autre bateau, nous offre son aide pour accoster ce que je m’empresse d’accepter considérant la situation. Par contre, force était de constater que 1-le monsieur n’était pas super en forme et quand tu accostes un bateau il faut que tu te déplaces vite et 2-le monsieur n’avait clairement jamais accosté de bateau de sa vie. Il nous jasait ça en accostant afin de nous vanter les mérites de sa ville alors que le Capitaine lui donnait des directives (« stop the boat sir, please just stop the boat »-question de ne pas rentrer dans le bateau en avant) en essayant de garder son calme. 1 minute c’est parfois long. Finalement, le monsieur ralentit le bateau assez pour que je puisse agripper une échelle et que je puisse sortir accoster comme il se doit le bateau sans rien endommager. Fiou.

Après avoir repris notre souffle et peut-être bu une petite bière ou trois, nous avons été visiter brièvement Fort Edward. C’est une petite Ville américaine typique mais ou bien des maisons semblent plus ou moins bien entretenues. Jusqu’au nord de New York, nous aurons cette impression à chaque fois en débarquant dans une petite ville, qu’à un certain moment il y a eu beaucoup de richesses le long de la Rivière Hudson, mais que maintenant la vie est beaucoup plus difficile pour ses habitants, le contexte socio-économique n’étant évidemment plus le même.

Le lendemain (23 septembre), direction quai municipal (on aime les quais municipaux parce que c’est gratissss) de Waterford et les écluses 6 à 1. Nous allons arrêter juste avant l’écluse Fédérale de Troy, qui elle n’a pas le même fonctionnement que les autres écluses car il n’y a pas de câbles qui pendent du mur pour s’y accrocher. C’est un autre dossier, on y pensera demain… Car il faut naviguer aujourd’hui et le paysage change de plus en plus. C’est de plus en plus industriel et nous avons un petit défi de navigation de plus vu que les bouées rouge et vertes balisant le chemin changent de côté versus ce qu’on est habitué au Lac Champlain à cause du sens de la remontée qui n’est plus le même. Journée impressionnante qui nous fait commencer à sentir que nous sommes rendus assez loin de chez nous. Attention de ne pas vous diriger dans la chute à l’écluse #5 ou la #1.

Nous sommes arrivés à Waterford vers 16h. Nous avons été accueilli par les très gentils bénévoles du Waterford Visitor Center au quai municipal, ou une dame de 104 ans environ nous a expliqué les restaurants et attractions touristiques du secteur, afin de dynamiser l’économie de la Ville. Nous avons donc décidé de commander de la pizza (excellente et livrée directement au bateau) et de rester à ce quai pour la journée du lendemain afin de se réapprovisionner (les épiceries locales prêtent un panier pour le retour au bateau) et se préparer mentalement pour la dernière écluse.

25 septembre, départ de Waterford en direction de Catskill pour enfin remâter le Air Cool. La journée commence avec la $%?$%?E%?&$*?$%? d’écluse Fédérale. On savait qu’il y avait des tuyaux sur lesquels accrocher les amarres et nous avions notre plan. Je passais l’amarre de M-A sur le tuyau vis-à vis de lui dans l’écluse et ensuite j’allais passer la mienne sur mon tuyau.

Bon plan, sauf que…. en entrant dans l’écluse, les tuyaux sont si éloignés que nous allons juste pouvoir utiliser un tuyau pour les deux amarres. Pense vite ma grande. Finalement, ça a été correct mais si vous passez par cette écluse, vous serez prévenus. Les écluses sont enfin terminées, soulagement pour tout l’équipage.

Lors de la navigation, on passe devant Troy et Albany. Plus on va au sud, plus c’est populeux et industriel. Encore une grosse journée de navigation pour Fluffy, qui pratique son sport favori.

Lorsque nous arrivons à la Marina Riverview à Catskill vers 15h, nous accostons Air Cool au quai et nous prenons entente avec la marina pour remâter pour le lendemain dès 8h. YESSSSSSS!!! Nous nous sommes rendus en vie et sans dommages.

Le lendemain matin, une autre grande journée pour le Air Cool, on remet enfin son mât et il sera un voilier manœuvrable à nouveau. Bye barre de flèche, je ne m’ennuierai pas de toi. Voici un petit vidéo du Air Cool en train de se faire remâter partiellement.

Enfin!!

Par contre, quand tu fais de la voile, on dirait que tout se mérite. Alors tout ne s’est pas passé sans encombres. Juste avant de partir de notre marina au Québec, nous avions fait changer les pataras (fils d’acier qui retiennent le mât situés en arrière du bateau) sous garantie. Excellent service! Par contre, lorsque le mat était en équilibre debout au bout de la grue et que Marc-André et l’équipe de la Marina Riverview a voulu attacher les fils d’acier pour le faire tenir, ben ils étaient trop courts…. Bon…. Après une petite frousse (encore une fois il faut penser vite), le Capitaine s’est dit qu’il allait essayer de tout serrer les autres fils d’acier, des fois que ça aiderait car il manquait quand même quelques pouces. Après beaucoup d’huile de coude, nous avons réussi à attacher les fameux fils d’acier mais de justesse. Quelques ajustements seront nécessaires plus au sud mais c’est vivable pour le moment. Encore une bataille de gagnée. Il n’y a aucune mais bien, aucune journée pareille quand tu fais de la voile et tu n’as jamais de routine. Vous commencez à comprendre pourquoi…

Le lendemain, 28 septembre, on a remis les voiles (une chance qu’il ne ventait pas fort car je serais partie avec la voile du génois pendant son installation haha) et on décide de repartir. Nous avons pris ces photos des supports de mâts de tous les gens qui partent vers le Sud, dont plusieurs québécois. Ceux-ci sont entreposés à la Marina jusqu’à ce que le propriétaire vienne les remettre pour démâter et remonter au Nord avec son voilier. On peut remarquer que les supports du Air Cool sont déjà ensevelis très loin.

Le plan de la journée était de dormir à Shadows Marina, juste au nord de New York. Nous sommes super contents car avec le mât remis, le Air Cool est redevenu un voilier donc on n’a plus peur des grosses vagues des barges qui pourraient faire tomber notre mât et on peut recommencer à faire de la voile

On peut aussi tenter de régler les problèmes avec nos instruments… Car je n’en ai pas encore parlé mais depuis notre départ du Québec soit le 18 septembre, notre pilote automatique et notre compas sont non fonctionnels. Nous avons donc du barrer manuellement (à la bonne vieille façon) depuis quand même 10 jours et notre curseur sur le gps qui est un bateau qui va vers l’avant, pointe toujours vers le côté bâbord (gauche). Ce n’est pas vraiment idéal mais comme c’est l’aventure, on s’est dit que ça allait se régler lors du remâtage.

Pensée magique…. cette journée de navigation, très belle par ailleurs nous prouve bien que le problème n’est pas réglé, mais aussi que le radar est non-fonctionnel lui aussi.

Rien à faire, ça ne fonctionne pas. On se dit que l’on arrêtera à une marina à Croton on Hudson le lendemain, ou il est indiqué qu’ils ont des mécaniciens et autres services de réparation. Mañana.

Nous arrivons à Shadows Marina à Poughkeepsie vers 16h. Très bon accueil et ils ont super restaurant avec des huîtres à 1$ et toutes sortes de tapas de fruits de mer pas chers. On se gâte et en prime nous avons un beau coucher de soleil et une merveilleuse vue du Mid-Hudson Bridge illuminé.

29 septembre, départ pour Croton On Hudson, ou on espère enfin régler nos problèmes. Il y a de la lumière au bout du tunnel, on est confiants de régler ceux-ci et on a hâte de passer quelques jours à Manhattan. Belle navigation, on appelle même la marina vers 11h30 pour leur dire que nous serons là vers 16h et que nos défenses et amarres sont du côté bâbord du bateau. Bien relax, nous sommes rendus des professionnels.

Nous avons vu un château hanté (Fort Bannerman’s), l’académie West Point (plus vieille académie militaire des USA) et ses remparts et nous nous sommes finalement rendus au bout du monde 😂 .

Arrivés tout près de la marina, nous rappelons le responsable des quais pour lui signaler notre arrivée prochaine et que nos choses pour accoster sont à bâbord. Il nous dit qu’il n’y a pas de problème et de le rappeler sur la radio quand nous serons arrivés. Je le rappelle à l’approche de la marina pour lui confirmer que nous entrons et que nous accosterons sur bâbord. On voit un dude en short qui nous fait signe mais l’endroit ou il est nous semble bizarre pour accoster notre voilier. Il faut savoir qu’à ce moment-là il y a beaucoup de courant dans la Hudson et qu’il y a beaucoup de trafic maritime donc on lui fait confiance. Lorsqu’on arrive plus proche de lui je le rappelle à la radio pour lui demander ou on accoste. Là je vois la panique dans ses yeux et il avait l’air égaré. Il change de quai et nous indique un quai super étroit avec un cruiser monté sur un lift hydraulique comme voisin. On n’a plus le choix, il y a du courant, pas d’espace pour manœuvrer et il est sur le quai avec un collègue pour nous accoster. Ce qui devait arriver arriva, une belle scratch sur la peinture du Air Cool sur le pilier de métal du lift hydraulique du voisin. Le dude de la marina avait oublié malgré nos 3 appels que nous allions accoster coté babord. Dah?? Il commence à nous dire qu’il est super désolé que ce n’était pas le bon quai pour nous mais qu’il est en instance de divorce et qu’il oublie tout et que sa vie est pas facile et qu’il va nous faire un rabais sur le quai…. Le Capitaine a un peu pété sa coche avec le dude et lui mentionne que si il veut nous rendre service qu’il nous réfère un technicien ou du moins un de leur mécaniciens pour aider à régler nos problèmes d’instruments, tout en balayant la crotte de canard sur le quai vu que ce n’était pas le bon quai. Bref, on s’est bien rendus compte très rapidement que personne à cet endroit ne pourrait nous aider. Le bout du monde…. ben c’est effectivement là.

Commence alors le « trouble shooting » par nous-même… vu que c’était la fin de semaine en plus. On s’est retapé la lecture du manuel de fonctionnement du gps et même celui de l’installation, les recherches google, vidéos Youtube, forums de voile, etc… afin de trouver comment réparer le problème. Ha oui, on avait du faire changer la VHF aussi, alors elle ne « parlait » pas au gps. On a réussi à faire la configuration de la VHF, on se disait que vu que tout est lié, peut-être que cela guérirait les autres instruments. Malheureusement non. Le lundi, appels à la marina, appels chez Simrad, gossage avec les instruments, Marc re-vérifie toutes les connexions (merci J-F) avec le multimètre, tout semble ok. La journée passe, Marc-André commence à être fort de mauvaise humeur. On ne veut quand même pas rester tout l’hiver à Croton-Ville mais on ne veut pas naviguer dans le trafic de New York avec des instruments qui n’indiquent pas la bonne lecture.

Le lendemain, on continue à « trouble shooter »… en bateau ça va souvent en éliminant des choses. Marc-André finit par parler à Simon le technicien de la marina Gosselin qui lui explique que c’est fort improbable d’avoir 2 problèmes (radar et erreur de compas du pilote automatique) en même temps et de plutôt chercher la source de l’erreur de déviation du compas, ce que nous tentions quand même de faire depuis quelques jours mais avec le radar et la VHF, ça faisait trop en même temps, on s’éparpillait et on devenait fou. En commençant à focuser sur ce problème, il indique à M-A où se trouve le sensor du compas (en-dessous de notre lit, nous ne savions pas).

On commence à chercher et devinez qu’est-ce qui était rangé dans un autre compartiment à l’extérieur du bateau mais à proximité du compas:

Le COUPABLE

Ben oui, l’autocuiseur que nous avions acheté juste avant de partir et qui a été rangé rapidement ou il restait de la place….

Dès que nous avons enlevé l’autocuiseur, le compas est revenu à la normale. Il faut comprendre qu’un compas est très sensible aux champs magnétiques produits par un morceau de métal et qu’un autocuiseur…ben c’est juste ça du métal. On s’est trouvé tellement cons hahaha…. Le radar par contre, a un problème plus sérieux et nous allons devoir aller le faire vérifier chez un expert qui se trouvera sur notre route dès que possible.

Mais là, on veut juste partir de Croton et s’en aller à La Grosse Pomme, ce que nous avons fait dès le lendemain matin!

Comment se sauver de l’hiver…

« Winter is coming »

Ned Stark dans Games of thrones

Après avoir passé plusieurs étapes (dont nous reviendrons dans un autre article sur tout le processus et la préparation préalable à un voyage comme celui-ci), nous sommes finalement partis de la Marina Gosselin le mercredi 18 septembre 2019 par une belle matinée ensoleillée en profitant de la fenêtre météo qui s’offrait à nous. Nous n’avons pas pu voir tout notre monde avant de partir mais c’est la vie. Comme on dit, vous viendrez nous voir 😉

Sur le quai, quelques voisins ont assisté au départ, dont les très sympathiques Pierre et Louise sur le magnifique Voilier Point Final, qui ont terminé leur préparation en même temps que nous et qui ont la même destination. Nous allons probablement nous suivre de temps à autre.

Nous avons navigué jusqu’à Burlington (environ 6-7 heures de navigation), afin d’y faire notre provision de produits frais et aussi afin de profiter une dernière fois avant un petit moment, des bons restos de Burlington.

On a fait un arrêt au Classique Splash (resto de la marina de la Ville de Burlington) et ensuite souper au Farmhouse Tap and Grill. Petit souper plate…

Malgré la belle vie apparente, sachez que cette nuit-là nous avons dormi avec des grosses vestes de polar et des tuques, d’où le titre de cet article. Après avoir beaucoup lu sur le sujet, nous avions conclu que la date limite afin de partir du Québec était pour nous le 20 septembre car sinon, comme on le sait, la température est de moins en moins clémente plus on avance dans le temps. Ceux qui nous connaissez bien savent à quel point nous sommes amoureux du froid et de la neige… By the way les amis, il reste 13 vendredis avant Noël. Haha je me trouve drôle.

Par la suite, vendredi matin, nous sommes partis de Burlington. J’étais super fière de moi car j’ai pris la barre pratiquement toute la journée. Marc-André avait attrapé mon super rhume car bien évidemment, je suis tombé malade juste avant de partir comme à l’habitude lorsque je pars en voyage. Ce doit être que les préparatifs n’étaient pas assez intenses.

Très belle journée sur le Lac Champlain, le Lac était calme et il n’y avait pas beaucoup de bateau sur l’eau. Majestueux Lac Champlain avec ses paysages à couper le souffle tu vas nous manquer. Nous avons passé sous le Champlain Bridge, qui est la genre de limite mentale du Lac et nous avons dormi à Fort Ticonderoga. On n’a pas visité le Fort car on était super focus à aller jusqu’à Whitehall le lendemain et finalement faire une écluse (lock 12), ce qui nous stressait passablement.

Champlain Bridge

Samedi matin, départ vers Whitehall. Après plusieurs heures de navigation dans de l’eau verte bizarre (que j’ai baptisé les « bayous du nord »), nous arrivons à l’écluse de Whitehall.

En gros, les Écluses du Canal Champlain c’est un canal qui permet de connecter la Rivière Hudson au Lac Champlain en suivant la route traditionnelle des « Native americans ». Ça permet donc aux bateaux qui y naviguent de descendre ou de monter selon leur destination. Pour ceux qui voudraient en savoir davantage, vous pouvez consulter ce lien sur le Canal Champlain c’est super intéressant: https://www.nycanals.com/Champlain_Canal

Bon l’histoire c’est super, mais comment on fait pour passer une écluse avec un voilier, qui a en plus son mat couché sur le dessus et dont les barres de flèches https://fr.wikipedia.org/wiki/Barre_de_fl%C3%A8che dépassent sur les côtés?

Tu dois tout d’abord attraper et te tenir sur les câbles mouillés et pleins de boue verdâtre sur les côtés du mur des écluses et essayer de tenir ledit mur à bonne distance de ta %?&%&?&$?%$?$ de barre de flèche qui dépasse de ton bateau avec ta gaffe (bâton qui sert à éviter des gaffes sur un bateau haha). Tout cela pendant que la première écluse (Lock 12) se remplit d’eau ce qui fait une pression sur le bateau qui veut se coller sur le mur. Ceci dit, pas de dommages sauf une petite égratignure sur la barre de flèche et plusieurs bleus sur ma petite personne. L’expérience rentre comme on dit. Une chance que le capitaine est calme en tout temps.

Tout de suite après l’écluse, arrivée à Whitehall. Je peux vous dire qu’il a fait noir de bonne heure…

En terminant, nous espérons que vous avez autant de plaisir à nous lire que nous en avons à débuter ce voyage. La suite sous peu!

Partir

Comme a déjà dit un homme sage (???) qui nous a beaucoup inspiré et qui continue de le faire au quotidien:

« Le plus difficile c’est de prendre la décision de partir »

Bruno Blanchet dans son balado « La frousse autour du monde Tome 1 »

Ouf… par où commencer pour expliquer une telle aventure?

Commençons par le commencement alors! Marc-André et moi sommes en couple depuis nos 17 ans, donc à ce jour presque 20 ans (faites le calcul pour trouver notre âge). Nous sommes donc passés de l’adolescence à l’âge adulte, nous avons emménagé dans notre premier condo, Marc-André a débuté sa carrière dans l’automobile pendant que j’entamais mes études en droit. Nous avons acheté une belle maison en banlieue alors que je débutais ma carrière dans un gros cabinet.

Ensuite, quelques changements, passage chez Desjardins pour moi et par la suite je suis tombée dans la potion magique du merveilleux domaine des résidences pour retraités. Dans l’intervalle nous avions acheté un petit peu d’immobilier afin s’assouvir le feu de notre tempérament d’entrepreneurs. Amenez-en des projets!

Nous avons investi dans le domaine des résidences pour retraités et en tant que passionnés, avons passé la majeure partie des 10 dernières années à travailler, travailler et travailler, le tout entrecoupé de voyages qui nous faisaient découvrir graduellement un autre style de vie que la « rat race » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rat_race)

Avec le recul, notre voyage de surf au Costa Rica (Santa Teresa) en 2016 a été un point tournant dans notre décision de partir à l’aventure. Pour ceux qui ont déjà été en voyage dans ce merveilleux pays, je pense qu’il est facile de tomber en amour avec la qualité de vie et le temps qui s’arrête lorsque l’on est là-bas, ce qui en fait une destination de rêve (sauf bien sur pour les innombrables insectes format géant de tous types, mais bon rien n’est jamais totalement parfait et c’est bien correct de même). Pura Vida! Comme ils disent au Costa Rica.

Nous avions donc la vie rêvée aux yeux de plusieurs, couple amoureux, petit chien, belle maison, voitures de luxe récentes, succès dans nos carrières et relatif confort financier. Mais nous commencions à aspirer à l’Aventure! Mais laquelle?

Marc-André qui avait le rêve depuis plusieurs années d’acheter un voilier s’est mis à visionner compulsivement les excellents vlogs de voile de gens qui étaient partis à l’aventure:

Delos https://www.youtube.com/channel/UCvLc83k5o11EIF1lEo0VmuQ,

La Vagabonde https://www.youtube.com/channel/UCZdQjaSoLjIzFnWsDQOv4ww, Sailing Uma https://www.youtube.com/channel/UCXbWsGV_cjG3gOsSnNJPVlg

Plus près de nous (des québécois qui font un super travail):

Voilier les Copains https://www.youtube.com/channel/UC4NcL935p6TJIXbFOz8vV5A Voilier Orange https://www.youtube.com/channel/UCpwDwNH9JyYs9Ze3-DxcnRg

J’ai été plus lente à accrocher mais quand j’ai accroché, GO on achète un voilier. Salon du bateau 2018, coup de coeur pour un superbe bateau Béneteau de 35 pieds. Et bam nous étions soudainement propriétaires d’un voilier. Nous avons pu en profiter sur le Lac Champlain pendant l’été 2018, par contre, je n’étais pas prête à tout quitter et à faire ce genre de voyage mais l’idée commençait à faire son chemin.

Après un long processus de réflexion (surtout pour Annie), nous avons décidé de partir à l’aventure. Voilà le plus dur était fait… D’après Bruno Blanchet.

La suite dans un autre article.